17 mai 2007
L'homme occidental (et surtout la femme), selon Éric Zemmour
Richard Martineau aime bien gratter le "bobo" de l'homme contemporain. Est-il castré, perd-il sa virilité? Et si oui, pourquoi, comment et à cause de qui? Le columniste a donc trouvé à qui parler en la personne d'Éric Zemmour, reporter au Figaro et lui aussi obsédé de la question de la virilité perdue (?) et (donc?) de la détresse sexuelle de l'homme occidental contemporain (que Zemmour dit voir dans la grande popularité de la pornographie).
D'abord, ce discours donne déjà à penser que l'homo occidentalis est une espèce disparue, supplantée dans l'évolution de l'humanité par la feminis modernis et l'homosexualis occidentalis......
J'ai souvent vu Éric Zemmour en entrevue. On semble donner beaucoup de crédit à cet homme qui fait des liens soit-disant logiques entre des idées qui relèvent davantage de ses opinions personnelles et de sa propre socialisation. Tout y passe: le féminisme, le rôle du père en tant que figure d'autorité (évacué depuis qu'on lui demande de collaborer avec la mère... hein??), le modèle de valeurs féminines de la société contemporaine (jusqu'à considérer que les femmes verraient les métrosexuels comme une compétition), la dualité maman-putain dans le schème du désir des hommes (en leur interdisant de courir les jupons, on donne à l'homme un modèle de la femme qu'il ne peut plus détacher de la mère sacralisée)... Jusqu'à l'intégrisme musulman qui est, selon lui, la réponse intégriste à la société féminine/iste occidentale. Heu.....À date, tous les intégrismes religieux monothésites ont eu pour effet (sinon pour but) de ne donner à la femme qu'un rôle de subaltèrne... La nature est-elle ainsi faite? Le sens de l'Univers requiert-il cet état de chose??
Chaque fois je ressors de ces entrevues avec le sentiment étrange d'être fraîchement tombée de la Lune... Est-ce moi qui ne voit pas ou lui qui hallucine? Il semble à chaque seconde mettre le doigt sur une question pertinente puis il me glisse entre les pattes avec une argumentation qui me laisse sans voix tant elle semble ne pas tenir la route.
Je crois qu'il ne voit pas les même femmes ni les mêmes hommes que moi.
14:55 Publié dans Culture , Livre , Médias , Réflexions , Sociologie à 5 cennes | Lien permanent | Commentaires (3) | Envoyer cette note | Tags : Féminisme, Zemmour, idées
17 avril 2007
L'école massacrante
Bilan du massacre de Tech Virginia: 33 morts. Still counting?... Je ne sais pas. Époustouflant ce chiffre. Je ne fais que penser à quel point le tueur devait être dans une colère sourde, noire et profonde pour accomplir cela. Frôler la maladie mentale ou avoir les deux pieds dedans, est-ce que c'est du pareil au même? ie: quand la porte est ouverte, elle n'est déjà plus fermée...
Un intervenant radio-canadien donnait hier une piste de réflexion sur la capacité ou l'incapacité de l'école (comprenez "école" au sens large) à pourvoir l'individu d'un milieu de socialisation adéquat. Puisque beaucoup de ces crimes de massacres avaient lieu dans des écoles, les individus frustrés-enragés-malades, c'est selon, se retournaient contre ce milieu.
Excusez-moi, mais ce n'est pas sur l'école que ces individus tirent, mais sur leurs "camarades de classe" et leur comportement parfois pas si innocent ou gentil... Vous connaissez les enfants et les ados: il ne suffit que d'un élève différent pour que la masse ne l'ostracise, n'en fasse son souffre-douleur. Il ne suffit que de plusieurs ingrédients réunis, sans doute, et je sais que ceci n'est qu'un jugement trop rapide.. Mais je crois que cette violence est surtout dirigée contre ceux qui sont désignés dans la tête du futur tueur comme "eux, ceux qui n'ont pas voulu de moi et que je méprise aujourd'hui"...
20:38 Publié dans Actualité , Réflexions , Sociologie à 5 cennes | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note
28 mars 2007
J'accuse Mario Dumont...
...de diviser les Québécois en nous amenant à nous déchirer comme s'il fallait absolument que les montréalais soient d'ignobles élites snobs et que les autres soient du "vrai monde". Je vais vous en montrer moi du vrai monde de Hochelaga-Maisonneuve et puis du faux monde de North Hatley... Qu'est-ce qui vous arrive pour que vous vous laissiez berner aussi facilement??? Votre colère est manipulable. Prenez garde... TOUS les partis se ressemblent. Il faut les surveiller également, avec la même objectivité. Souvenez-vous de Jean Charest: beaucoup d'entre vous disiez "Je n'ai pas voté pour ça!" Il n'en sera pas autrement avec lui...
...d'être un vantard-condescendant (franchement, se comparer à René Lévesque, c'est pas la modestie qui l'étouffe), un inconscient-irresponsable (ne serait-ce que pour le document du viaduc de Laval: n'importe quelle société démocratique normalement constituée aurait craché sur ce geste digne d'un cégépien qui n'y connaît rien), un adolescent attardé (le même genre de jokes que Jeff Filion parfois), et sans doute un "bullied" de cour d'école qui va maintenant pouvoir sen venger sur les ti-culs qui lui ont pitché des roches quant il était petit.
...d'être le plus manipulateur de tous les menteurs quand il jure à des Québécois de partout qui aspirent sincèrement au bonheur qu'il pourra régler leurs problèmes en criant ciseau, sans leur donner de vraie solution concrète, même après 15 ans de développement politique (on aurait été en droit de s'attendre à ce que, minimalement, monsieur se présente en campagne avec un cadre financier...).
...de laisser les gens qui l'appuient croire qu'il y a eux et puis les gens de Montréal (ben oui, on décide toutte nous! On vis juste sur un gros Plateau! La Haute-Ville, où il y a l'Assemblée Nationale, c'est pas un autre gros plateau de décisions peut-être?).
...je lui en veux à mort de capitaliser sur la famille et la santé, qui sont des préoccupations universelles; sur les accomodements raisonnables, alors que les gens qui vivent cela au quotidien sont surtout...à Montréal; de capitaliser sur une haine de la métropole entretenue depuis la rivalité Canadien-Nordiques...
Et puis j'en veux à certains Montréalais qui ne font pas attention aux mots qu'ils laissent entrer et sortir de leur bouche. Comme s'ils avaient le monopole de la connaissance. Avec la condescendance naïve de l'ignorance de l'autre, certains ont le paternalisme facile...
Des faits, je vous en prie! Oui, les régions rurales éloignées des grands centres urbains ont plus de difficultés économiques, oui, il est difficile d'attirer hors de ces centres urbains des médecins qualifiés par exemple. Mais non, l'élite québécoise ne se trouve pas qu'à Montréal. Elle est le plus souvent sur la 20, à faire l'aller-retour entre les deux capitales.........
19:35 Publié dans Politique - Société - Monde , Réflexions , Sociologie à 5 cennes | Lien permanent | Commentaires (8) | Envoyer cette note | Tags : Québec, politique, Mario Dumont
23 janvier 2007
Un flash
Quelque part, avant Jésus-Christ, Zeus, Odin, Shiva et les autres se réunissent en congrès. Les Greco-romains reçoivent les panthéons du monde et on observe, de haut, l'humanité se développer...
"Ouin". Dit Amateratsu... "Y'a un bogue."
"Effectivement", de répondre le Grand Manitou. "L'encodage Solidarité-304 semble ne pas fonctionner comme on l'avait prévu... Un grain de sable dans l'engrenage, j'imagine."
"Non, non, c'est pas ça", intervint Appolon. "On s'y laisse prendre, mais il faut descendre à leur niveau pour voir que ce qui brille comme ça dans leur main, ce n'est pas du sable, c'est un virus qui s'est introduit, hors de notre volonté. Ils ont appelé ça de la monnaie... Ils n'en avaient pas besoin, on les avait créés parfaits! Hephaistos a dû mal les forger... Le connaissant, il a sans doute fait exprès!"
"Bon, ben, quessé qu'on fait?" dit Zeus, pressé de closer le congrès et voyant sur les visages divins des faces dépitées...
"On les laisse à eux-même!" Crièrent plusieurs. Mais Merlin eut une autre idée... "Offrons-leur tout de même l'illusion de l'espoir d'une rédemption... Nous n'avons pas réussi à leur inspirer la noblesse des surhommes, créons-leur une divinité à leur image: un seul Dieu, responsable de tout, à qui ils pourront s'en remettre quand le courage leur manquera... Car ce Dieu seul sait combien de temps il leur reste à souffrir."
22:22 Publié dans La vie tout court... , Réflexions , Sociologie à 5 cennes | Lien permanent | Commentaires (1) | Envoyer cette note | Tags : mythologie, divin, nature humaine
28 novembre 2006
Accommodements raisonnables I
Dimanche, Tout le Monde en Parle recevait le ministre de l’éducation du Québec. Entres autres vagues affirmations sur la réforme scolaire, monsieur le Ministre déclare (quelque chose comme…) « nous n’avons rien contre les accommodements raisonnables. C’est lorsqu’ils deviennent déraisonnables que nous sommes contre, et c’est pourquoi nous faisons des effort pour qu’ils restent raisonnables. » Excusez ma citation très approximative, mais la déclaration du Ministre était tellement vague et bancale…
Ce qui est aussi vague et bancal, c’est notre réaction vis-à-vis ces fameux accommodements raisonnables. Un peu de sociologie à 5 cennes. Oui, les Québécois sont naturellement accueillants et sincèrement prêts à beaucoup de largesses pour que la visite soit bien à l’aise. Mais ils ont aussi l’immense besoin de reconnaissance qui va avec (dans le sens de merci, pas dans le sens de nation…). Ainsi, quand la visite commence à « prendre ses aises » sans remercier son hôte pour l’espace qu’il lui donne, le Québécois moyen est aussitôt sur la défensive…
Mais il ne s’agit pas de visite ici. Il s’agit de concitoyens. Des concitoyens qui peuvent avoir des demandes qui heurtent parfois les valeurs de la société d’accueil. À part compter sur la bonne volonté de chacun, comment faire pour que chacun se sente inclus et ne ressente pas le besoin de s’isoler dans un ghetto ? Je ne voudrais pas que ce débat soit remis dans les mains des seuls politiciens. Et puis Dieu sait de quoi Mario Dumont est capable. Mais je trouve qu’on entend peu les citoyens. Personnellement, qu’une femme musulmane préfère être traitée par une femme médecin, je n’y vois pas d’inconvénient. Qu’on fasse des pieds et des mains pour lui trouver ladite femme médecin quand il n’y en a pas sur place, alors que d’autres patients attendent tout simplement d’être soignés, point, j’ai un problème. J’ai un problème avec les parents d’élèves un peu extrêmes sur les restrictions alimentaires, religieuses ou non, dans les écoles ; j’ai un problème avec le fait de mettre ça sur le do de la dignité et du respect.
Vous inquiétez pas, je ne deviendrai pas fasciste pour ça…
14:15 Publié dans Actualité , Politique - Société - Monde , Sociologie à 5 cennes | Lien permanent | Commentaires (7) | Envoyer cette note | Tags : Québec, société, multiculturalisme
24 juin 2006
Saint-Jean-Baptiste défrisé
Solstice d'été, 24 juin, St-Jean-Baptiste. Je n'ai pas trop envie de fêter... Un peu comme quand, enfant, je me suis dit que je n'avais pas envie de prier. Parce qu'il n'y avait rien à demander.
Je n'ai pas le coeur à la fête parce qu'il me semble qu'il n'y a pas grand chose à célébrer. La St-Jean est à l'été ce que Noël est à l'hiver: on y croit plus, mais on fait le party quand même, parce que c'est la tradition. On ne croit plus à l'Indépendance -ou si peu- mais on serait tous prêts à voter oui le 24... Moi, je ne suis pas certaine qu'on mérite de fêter: mous devant nos politiques, indolents et en manque grave de vision, André Boisclair au PQ et Lucien Bouchard aux lucides... Ça vous donne envie de danser vous?? Si au moins les spectacles de la St-Jean n'étaient pas si tièdes...
Peut-être que ce n'est que cette année... Ce soir, j'ai néanmoins l'âme à la tendresse, même s'il me reste sans doute un pays à construire. Mais imaginez le printemps, quand l'hiver sera vraiment blanc.
02:25 Publié dans Actualité , La vie tout court... , Politique - Société - Monde , Sociologie à 5 cennes | Lien permanent | Commentaires (1) | Envoyer cette note | Tags : Québec
11 avril 2006
Chronique électorale
Deux élections importantes à observer ces derniers jours. Ici au Québec, la partielle provinciale dans Ste-Marie/St-Jacques a été remportée par le candidat péquiste. Jusque là, pas de surprise. Mais que, deux mois après sa fondation, sans couleurs, sans logo, le nouveau parti souverainiste de gauche Québec Solidaire reçoive 22% des voix –talonnant la Libérale avec 28%- ça, c’est une surprise! On sait que ce comté où règnent les inégalités sociales est celui où ce nouveau parti avait les meilleures chances, mais quand même. Dommage que le taux de participation soit aussi bas que celui d'une élection municipale...
L’autre élection, c’est là-bas, en Italie… On apprend ce matin que la droite est défaite. Berlusconi s’en va donc, mais par une marge aussi mince que celle qui avait amené Bush Jr. au pouvoir en 2000. Pour mettre au pouvoir une gauche aussi loin à gauche que la droite était loin à droite… C’est un peu une norme ces dernières années, en Occident, d’avoir des élections très serrées ou très disputées : aux États-Unis, au Canada, en Ukraine, en Biélorussie, en Italie.
Les sociétés sont de plus en plus divisées : rurale vs urbaine, homogène vs cosmopolite, gauche vs droite, religieuse vs laïque… Je me demande comment nous sortirons de ces luttes. L’harmonie est-elle possible ou deviendrons-nous encore plus intransigeants? Étrange: dans le film dont je parlais hier, V for Vendetta, on évoque une guerre civile dans les ex-USA, dont les troubles émaneraient des régions du midwest... Définitivement, une période de redéfinition des nos identités et de nos valeurs. Quitte à se rendre compte qu’on a fait fausse route jusqu’ici? Comme si personne n’osait dire tout haut ce qu’il pense tout bas, et qu’il n’est pas seul à penser. Mais il ne le sait pas si tout le monde se tait… Car tout le monde est beau, tout le monde est gentil, tout le monde se respecte… Même si au fond, on a juste envie de se donner des coups de pieds au derrière…
14:25 Publié dans Actualité , Politique - Société - Monde , Réflexions , Sociologie à 5 cennes | Lien permanent | Commentaires (1) | Envoyer cette note
08 mars 2006
Jour de femme
Déjà en partant, j’ai un problème avec le concept : UNE journée?? J’imagine qu’on revient de très, très loin. (IE : on ne se doute pas à quel point.) Anyway. Pour moi, jeune femme québécoise bénéficiaire de 40 ans de lutte de mes aînées –si ce n’est plus-, j’ai de la difficulté à croire que la nature humaine puisse avoir besoin d’un éveil de conscience tel que celui-là. Ces mêmes raisons expliquent peut-être mon manque de perspective…
Toujours est-il que les différents reportages proposés par les médias ces derniers jours me renvoient le message que peu de choses ont changé. Moins de représentation féminine en politique (au Canada) qu’il y a dix ans, inéquité salariale toujours flagrante (nonobstant les choix de carrières des femmes), hypersexualisation chez les jeunes filles (on s’en est toujours inquiété, mais là, ça va quand même plus loin qu’avant…), violence, syndrôme de la Super Woman. Et là, on ne parle que de l’Occident.
On ne parle pas de l’humour machiste, de la femme-qui-fait-vendre, de la femme qui se vend, de la femme qui se voile (même dans les pays occidentalisés, sous couvert de « liberté de culte »), de la femme brûlée à l’acide (parce que son frère a commis une faute), de la fille excisée, soldate, non-scolarisée, mère de 12 enfants à 16 ans.
Je caricature? À peine. TV5 présentait un documentaire sur le magazine féminin ELLE. Un mensuel qui, en France, se targue d’avoir soutenu la révolution féministe. D’avoir permis aux femmes françaises de se définir dans la modernité. Françoise Giroud, que j’admire, y signait des chroniques purement féministes. (En les relisant, on se croirait la semaine dernière…) Mais 5 pages plus loin, le tricot du mois, la chronique sexe, la recette et la collection Chanel du printemps…
C’est quoi, la femme moderne? Entre les désirs d’émancipation, les désirs d’avoir des enfants, les désirs de retrouver la Déesse en soi et le droit fondamental à pouvoir choisir et disposer de soi-même en toute connaissance de cause, j’imagine que c’est de reconnaître sa part d’humanité, d’imperfection et son besoin d’être tout simplement bien dans sa peau et dans ses choix. C’est vrai pour tout humain, de toute façon.
Tant qu’on aura à lutter, on aura besoin du 8 mars.
17:11 Publié dans Actualité , La vie tout court... , Politique - Société - Monde , Sociologie à 5 cennes | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note
14 novembre 2005
Horloge biologique de l'homme québécois
J'ai appris aujourd'hui que le film Horloge Biologique de Ricardo Trogi sera adapté par une maison de production de cinéma américain. J'en suis bien heureuse pour les créateurs originaux du film: toujours agréable d'avoir la reconnaissance de ses pairs. Pour ceux qui l'ignorent, le film traite des tergiversations de trois hommes québécois dans la jeune trentaine. Pas facile de mettre en scène des post-ados qui se demandent s'ils veulent avoir des enfants et/ou accéder à la demande de leurs copines de s'engager dans la voie de la famille, donc, de se caser...
Le film a donné lieu a de nombreuses discussions sur l'homme québécois moderne, d'ailleurs remis en question depuis quelques années déjà. Selon des statistiques dont la validité et l'origine me sont parfois flous, il serait plus suicidaire, plus décrocheur, plus mou, plus indécis que la moyenne des hommes occidentaux. C'est cet homme que dépeint le film, l'irresponsabilité et l'adolescence en plus.
Mais cette chronique porte moins sur l'homme québécois actuel que sur les archétypes qui l'ont formé. Certains de ces modèles sont tombés, laissant toute la place à des traits moins glorieux dont la présence n'en est pas moins lourde dans l'inconscient collectif des mâles d'ici.
Je sais bien que ce que je vais énoncer ne concerne que certains hommes. Vous savez qu'on ne parle pas de ce qui ne fait pas de bruit. Il me semble donc que ce qu'on attribue aux hommes modernes est en fait un "gène" social particulier et présent dans le vécu des hommes d'ici depuis qu'ils s'y sont établis. Ceux qui sont venus ici étaient des aventuriers. Il le fallait pour quitter son pays pour une terre où tout était à faire. Il fallait un esprit d'aventure, de voyage, de partance....d'éloignement, de fuite. Coureurs des bois, ouvriers de chantiers absents pendant 5 mois, colons-cultivateurs occupés sur la terre alors que l'épouse tient d'une main de fer le fort et les neuf enfants... Le foyer était le domaine communautaire, le domaine féminin. L'extérieur était le domaine de l'homme et il y était souvent seul, ou trop occupé à travailler pour communiquer. Je ne crois pas qu'il soit si surprenant que le Québec soit, au fond, une société matriarcale dans laquelle les hommes modernes, forcés d'être casaniers, se reconnaissent peu.
L'historienne en moi m'engueule: " Qu'est-ce que tu racontes?? Qu'est-ce que tu en sais? Que connais-tu de leurs valeurs, de leurs contraintes?? On ne peut pas prétendre connaître l'état d'esprit de gens dont le contexte de vie est si opposé au nôtre."
Et la sociologue à cinq cennes de répondre: "Je sais, et je me questionne en toute humilité. Mais il me semble que la vague de fond de l'esprit humain est immuable. La liberté, l'amour, la haine, la peur, sont des sentiments universels et intemporels."
C'est cela que je cherche chez les hommes québécois: le sentiment qui les relie tous et qui transcende les années, ce qu'ils ont appris les uns des autres au fil des générations et qui, aujourd'hui, dans notre contexte, se traduit par cette peur de s'engager dans une voie familiale qui, bien qu'elle représente des valeurs qu'ils respectent, leur paraît ennuyeuse, voleuse de liberté... Est-ce que, jadis, le poids de l'institution religieuse forçait cet engagement? Est-ce que le fait de jouer le rôle de père et de pourvoyeur, même à distance, pouvait tranquilliser la conscience de ceux qui ressentaient le désir de partir, de prendre le bois? Peut-être que le modèle de la cellule familiale québécoise, pour les garçons, ressemble à l'attente d'un père peu présent, silencieux alors qu'on entend la mère, autoritaire et nourricière à la fois, dire "attends que ton père revienne!" Reproduiraient-ils ce modèle de l'homme qui part, engagé officiellement, mais en vérité, seul avec lui-même...?
Je sais que je caricature à traits trop grossiers. Je sais que chacun a ses anecdotes, ses tendresses. Mais ces images reviennent perpétuellement. Elles font partie de nos esprits. Cela mérite réflexion.
00:25 Publié dans Film , La vie tout court... , Réflexions , Sociologie à 5 cennes | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note




















