06 février 2009
À propos du devoir de mémoire...
Il y a de ces films qui nous apportent beaucoup plus qu’un moment de détente. Ils nous amènent sur des tas d’autres terrains et nous font soulever d’autres questions. Valse avec Bachir est l’un de ceux-là. Le film d’animation d’Ari Folman traite de la perte de la mémoire. De l’occultation des actes que notre psyché est incapable d’assimiler. Sorry, no compute.
Oui, je sais, c’est, au premier niveau de lecture, un film sur l’implication de l’armée israélienne lors des massacres de Sabra et Chatila, deux camps de réfugiés en bordure de Beyrouth. Voir guerre du Liban, 16 et 17 septembre 1982. Si des centaines de civils sont morts aux mains des Phalangistes de Bachir Gemayel (en réprimande à un attentat ayant tué Gemayel), l’armée israélienne de l’époque et le ministre de la défense –Ariel Sharon- ont dû assumer une responsabilité dans l’épisode en raison de leur inaction. Voilà, trop rapidement, pour les "faits"…
Les films sur la mémoire sont souvent réalisés avec la guerre en trame de fond. Je pense surtout à Hiroshima mon amour, un autre métrage fascinant sur le traitement que la mémoire acorde à la souffrance pour trouver sa résilience: l’oubli. Le personnage principal de Valse avec Bachir, d’abord stimulé par le rêve récurrent d’un ami, devient vite obsédé par la reconstruction de souvenirs qui n’étaient pas remontés à sa mémoire depuis 20 ans. Où était-il? Qu’a-t-il fait? Pourquoi ce rêve limpide d’une baignade en mer au moment du drame? Souvenir réèl ou reconstruction psycho-symbolique?
C’est qu’en plus de plonger dans le monde fascinant de la mémoire et de l’oubli, où le personnage principal est un peu une métaphore du peuple israélien, le propos du film est d’analyser notre perception de la souffrance et notre capacité à y résister. Comme le lui fait remarquer un ami psychologue, le personnage principal peine à ordonner ses souvenirs car, par rêve interposé, il associerait ses actes lors du massacre à ceux des bourreaux nazis ayant persécuté sa propre famille. L’idée est insupportable, il l’occulte.
Les images finales du film –des séquences d’archives tournées aux lendemains des massacres: cadavres dans les rues, décombres, etc.- m’ont renvoyé une tout autre question. Si le devoir de mémoire est nécessaire et doit servir à notre évolution en tant que race humaine, doit-il absolument passer par la rediffusion en boucle d’images agressantes qui humilient et enragent tant les uns que les autres? Qu’il s’agisse d’Israël en Palestine, des Nazis en Pologne, du Rwanda ou de la reconstitution de la Conquête sur les Plaine d’Abraham, n’est-ce pas se complaire dans nos blessures que de s’infliger des “devoirs de mémoire” qui nous remettent le nez dans la merde, plutôt que de nous permettre d’apprendre et d’avoir de plus en plus de recul? Il m'a semblé que c'était l'objectif de Valse avec Bachir...
00:42 Publié dans Film, Histoire, Politique - Société - Monde, Réflexions, Sociologie à 5 cennes | Lien permanent | Commentaires (2) | Envoyer cette note | Tags : politique, cinéma, bachir, liban, guerre, israël, résilience
27 août 2008
Une minute de réflexion, svp
Transmis ce matin par une collègue... Est-ce un réèl sondage? Peu importe.
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Le mois dernier, un sondage a été mené à l'échelle mondiale par l'ONU.
La question était : "Veuillez, s'il-vous-plaît, donner honnêtement votre opinion sur d'éventuelles solutions à la pénurie de nourriture dans le reste du monde".
Le sondage fut un échec retentissant :
En Afrique, personne ne comprit ce que signifiait "nourriture".
En Europe de l'Est, personne ne comprit ce que signifiait "honnêtement".
En Europe de l'Ouest, personne ne comprit ce que signifiait "pénurie".
En Chine, personne ne comprit ce que signifiait "opinion".
Au Moyen-Orient, personne ne comprit ce que signifiait "solution".
En Amérique du Sud, personne ne comprit ce que signifiait "s'il-vous-plaît".
Aux États-Unis, personne ne comprit ce que signifiait "le reste du monde".
15:42 Publié dans Actualité, Politique - Société - Monde, Réflexions | Lien permanent | Commentaires (2) | Envoyer cette note | Tags : crise alimentaire, politique, monde
20 mai 2008
Metroland 1968
Étrange, je réalise que mes deux derniers billets traitent de mai 1968 et d'un trait culturel frappant de la Grande-Bretagne: la peur de la conformité, dans la rigidité de codes sociaux fixes... D'ailleurs, un beau site sur Mai 68 m'a été transmis ce weekend: www.barricades.fr, une bédé virtuelle sur les événements.
Il est fascinant d'observer ce trait de personnalité de l'humanité: la valse hésitation entre son besoin de sécurité et son besoin d'émotions fortes.
Cela me fait penser au film Metroland, avec Christian Bale et Emily Watson, sur un jeune homme qui, se trouvant à Paris en 68, ne souhaite pas prendre part à l'histoire en marche, à sa portée. Mais 10 ans plus tard, il questionne ses choix de vie trop conformistes...

21:10 Publié dans Culture, Film, Réflexions, Sociologie à 5 cennes | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : cinéma, BD, mai 68, Grande-Bretagne, culture
17 mai 2007
L'homme occidental (et surtout la femme), selon Éric Zemmour
Richard Martineau aime bien gratter le "bobo" de l'homme contemporain. Est-il castré, perd-il sa virilité? Et si oui, pourquoi, comment et à cause de qui? Le columniste a donc trouvé à qui parler en la personne d'Éric Zemmour, reporter au Figaro et lui aussi obsédé de la question de la virilité perdue (?) et (donc?) de la détresse sexuelle de l'homme occidental contemporain (que Zemmour dit voir dans la grande popularité de la pornographie).
D'abord, ce discours donne déjà à penser que l'homo occidentalis est une espèce disparue, supplantée dans l'évolution de l'humanité par la feminis modernis et l'homosexualis occidentalis......
J'ai souvent vu Éric Zemmour en entrevue. On semble donner beaucoup de crédit à cet homme qui fait des liens soit-disant logiques entre des idées qui relèvent davantage de ses opinions personnelles et de sa propre socialisation. Tout y passe: le féminisme, le rôle du père en tant que figure d'autorité (évacué depuis qu'on lui demande de collaborer avec la mère... hein??), le modèle de valeurs féminines de la société contemporaine (jusqu'à considérer que les femmes verraient les métrosexuels comme une compétition), la dualité maman-putain dans le schème du désir des hommes (en leur interdisant de courir les jupons, on donne à l'homme un modèle de la femme qu'il ne peut plus détacher de la mère sacralisée)... Jusqu'à l'intégrisme musulman qui est, selon lui, la réponse intégriste à la société féminine/iste occidentale. Heu.....À date, tous les intégrismes religieux monothésites ont eu pour effet (sinon pour but) de ne donner à la femme qu'un rôle de subaltèrne... La nature est-elle ainsi faite? Le sens de l'Univers requiert-il cet état de chose??
Chaque fois je ressors de ces entrevues avec le sentiment étrange d'être fraîchement tombée de la Lune... Est-ce moi qui ne voit pas ou lui qui hallucine? Il semble à chaque seconde mettre le doigt sur une question pertinente puis il me glisse entre les pattes avec une argumentation qui me laisse sans voix tant elle semble ne pas tenir la route.
Je crois qu'il ne voit pas les même femmes ni les mêmes hommes que moi.
14:55 Publié dans Culture, Livre, Médias, Réflexions, Sociologie à 5 cennes | Lien permanent | Commentaires (3) | Envoyer cette note | Tags : Féminisme, Zemmour, idées
17 avril 2007
L'école massacrante
Bilan du massacre de Tech Virginia: 33 morts. Still counting?... Je ne sais pas. Époustouflant ce chiffre. Je ne fais que penser à quel point le tueur devait être dans une colère sourde, noire et profonde pour accomplir cela. Frôler la maladie mentale ou avoir les deux pieds dedans, est-ce que c'est du pareil au même? ie: quand la porte est ouverte, elle n'est déjà plus fermée...
Un intervenant radio-canadien donnait hier une piste de réflexion sur la capacité ou l'incapacité de l'école (comprenez "école" au sens large) à pourvoir l'individu d'un milieu de socialisation adéquat. Puisque beaucoup de ces crimes de massacres avaient lieu dans des écoles, les individus frustrés-enragés-malades, c'est selon, se retournaient contre ce milieu.
Excusez-moi, mais ce n'est pas sur l'école que ces individus tirent, mais sur leurs "camarades de classe" et leur comportement parfois pas si innocent ou gentil... Vous connaissez les enfants et les ados: il ne suffit que d'un élève différent pour que la masse ne l'ostracise, n'en fasse son souffre-douleur. Il ne suffit que de plusieurs ingrédients réunis, sans doute, et je sais que ceci n'est qu'un jugement trop rapide.. Mais je crois que cette violence est surtout dirigée contre ceux qui sont désignés dans la tête du futur tueur comme "eux, ceux qui n'ont pas voulu de moi et que je méprise aujourd'hui"...
20:38 Publié dans Actualité, Réflexions, Sociologie à 5 cennes | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note
28 mars 2007
J'accuse Mario Dumont...
...de diviser les Québécois en nous amenant à nous déchirer comme s'il fallait absolument que les montréalais soient d'ignobles élites snobs et que les autres soient du "vrai monde". Je vais vous en montrer moi du vrai monde de Hochelaga-Maisonneuve et puis du faux monde de North Hatley... Qu'est-ce qui vous arrive pour que vous vous laissiez berner aussi facilement??? Votre colère est manipulable. Prenez garde... TOUS les partis se ressemblent. Il faut les surveiller également, avec la même objectivité. Souvenez-vous de Jean Charest: beaucoup d'entre vous disiez "Je n'ai pas voté pour ça!" Il n'en sera pas autrement avec lui...
...d'être un vantard-condescendant (franchement, se comparer à René Lévesque, c'est pas la modestie qui l'étouffe), un inconscient-irresponsable (ne serait-ce que pour le document du viaduc de Laval: n'importe quelle société démocratique normalement constituée aurait craché sur ce geste digne d'un cégépien qui n'y connaît rien), un adolescent attardé (le même genre de jokes que Jeff Filion parfois), et sans doute un "bullied" de cour d'école qui va maintenant pouvoir sen venger sur les ti-culs qui lui ont pitché des roches quant il était petit.
...d'être le plus manipulateur de tous les menteurs quand il jure à des Québécois de partout qui aspirent sincèrement au bonheur qu'il pourra régler leurs problèmes en criant ciseau, sans leur donner de vraie solution concrète, même après 15 ans de développement politique (on aurait été en droit de s'attendre à ce que, minimalement, monsieur se présente en campagne avec un cadre financier...).
...de laisser les gens qui l'appuient croire qu'il y a eux et puis les gens de Montréal (ben oui, on décide toutte nous! On vis juste sur un gros Plateau! La Haute-Ville, où il y a l'Assemblée Nationale, c'est pas un autre gros plateau de décisions peut-être?).
...je lui en veux à mort de capitaliser sur la famille et la santé, qui sont des préoccupations universelles; sur les accomodements raisonnables, alors que les gens qui vivent cela au quotidien sont surtout...à Montréal; de capitaliser sur une haine de la métropole entretenue depuis la rivalité Canadien-Nordiques...
Et puis j'en veux à certains Montréalais qui ne font pas attention aux mots qu'ils laissent entrer et sortir de leur bouche. Comme s'ils avaient le monopole de la connaissance. Avec la condescendance naïve de l'ignorance de l'autre, certains ont le paternalisme facile...
Des faits, je vous en prie! Oui, les régions rurales éloignées des grands centres urbains ont plus de difficultés économiques, oui, il est difficile d'attirer hors de ces centres urbains des médecins qualifiés par exemple. Mais non, l'élite québécoise ne se trouve pas qu'à Montréal. Elle est le plus souvent sur la 20, à faire l'aller-retour entre les deux capitales.........
19:35 Publié dans Politique - Société - Monde, Réflexions, Sociologie à 5 cennes | Lien permanent | Commentaires (9) | Envoyer cette note | Tags : Québec, politique, Mario Dumont
23 janvier 2007
Un flash
Quelque part, avant Jésus-Christ, Zeus, Odin, Shiva et les autres se réunissent en congrès. Les Greco-romains reçoivent les panthéons du monde et on observe, de haut, l'humanité se développer...
"Ouin". Dit Amateratsu... "Y'a un bogue."
"Effectivement", de répondre le Grand Manitou. "L'encodage Solidarité-304 semble ne pas fonctionner comme on l'avait prévu... Un grain de sable dans l'engrenage, j'imagine."
"Non, non, c'est pas ça", intervint Appolon. "On s'y laisse prendre, mais il faut descendre à leur niveau pour voir que ce qui brille comme ça dans leur main, ce n'est pas du sable, c'est un virus qui s'est introduit, hors de notre volonté. Ils ont appelé ça de la monnaie... Ils n'en avaient pas besoin, on les avait créés parfaits! Hephaistos a dû mal les forger... Le connaissant, il a sans doute fait exprès!"
"Bon, ben, quessé qu'on fait?" dit Zeus, pressé de closer le congrès et voyant sur les visages divins des faces dépitées...
"On les laisse à eux-même!" Crièrent plusieurs. Mais Merlin eut une autre idée... "Offrons-leur tout de même l'illusion de l'espoir d'une rédemption... Nous n'avons pas réussi à leur inspirer la noblesse des surhommes, créons-leur une divinité à leur image: un seul Dieu, responsable de tout, à qui ils pourront s'en remettre quand le courage leur manquera... Car ce Dieu seul sait combien de temps il leur reste à souffrir."
22:22 Publié dans La vie tout court..., Réflexions, Sociologie à 5 cennes | Lien permanent | Commentaires (1) | Envoyer cette note | Tags : mythologie, divin, nature humaine
14 septembre 2006
L'habitude des traumatismes
La répétition crée l'habitude. Normalement, on peut considérer qu'on est moins sensible à ce à quoi on est habitué. Je ne sais pas si c'est une question d'habitude ou simplement parce que je ne suis pas concernée directement, mais j'ai l'impression d'une dichotomie entre ce que je ressens et ce que je me sens obligée de ressentir, vu l'environnement personnel et médiatique.
Oui, c'est triste et tragique. Non, je ne suis pas bouleversée-dans-le-fond-de-mon-âme...
L'autre aspect de la répétition est le suivant. Un reportage au Téléjournal d'hier faisait le décompte des fusillades dans les écoles depuis 1989. Alors, Polytechnique (Montréal), Columbine, l'Alberta, Concordia (Montréal encore), l'Écosse, les États-Unis (encore), et Dawson (Montréal, encore!).
On a souvent le réflexe de penser que ce genre de drame arrive surtout au États-Unis... Je vous invite cependant à remarquer qu'une seule ville a subi ce genre d'événement trois fois: Montréal. Cela n'entame en rien le sentiment de sécurité des citoyens, ou si peu. Les tueurs agissent seuls, des cas isolés. Mais quand même, coïncidence ou signe des temps? Je sens qu'on entendra pas Stephen Harper de sitôt: il faut d'abord qu'il se spinne une position officielle sur le registre des armes à feu qu'il veut (voulait?) éliminer...
Je termine avec ce lumineux commentaire du maire Tremblay: "Oui, nous sommes en sécurité à Montréal. Les policiers ont réagi plus rapidement qu'à Polytechnique (il y a 17 ans!) et c'est rassurant."
Moment de vie absurde.
15:13 Publié dans Actualité, La vie tout court..., Réflexions | Lien permanent | Commentaires (2) | Envoyer cette note | Tags : Montréal, Canada
27 juillet 2006
« L’arithmétique des aliénés »
Voici le passage d’un livre destiné à la jeunesse allemande, en 1933. Le parti National-Socialiste d’Adolf Hitler vient d’arriver au pouvoir. Il n’est pas encore question de guerre mondiale, même pas question des lois de Nuremberg. Je vous DÉFIE, en lisant ces lignes, de ne pas faire automatiquement un parallèle entre ce texte et certains discours qu’on entend à notre époque. Je vous laisse lire…
Un aliéné coûte quotidiennement 4 marks, un invalide, 5,5 marks, un criminel, 3,5 marks. Dans beaucoup de cas, un fonctionnaire ne touche que 4 marks, un employé 3,5 marks, un apprenti, 2 marks. D’après des estimations prudentes, il y a en Allemagne 300 000 aliénés dans les asiles. Calculez combien coûtent annuellement ces 300 000 aliénés. Combien de prêts aux jeunes ménages à 1000 marks pourrait-on faire si cet argent pouvait être économisé?
Qu’en pensez-vous? Entendez-vous nos politiciens avec leurs calculs budgétaires en santé ou dans le milieu carcéral? Entendez vous votre mon’oncle qui dit qu’il est donc « tanné de payer pour des malades mentaux qui ne s’en rendent pas compte ou pour des prisonniers qui vivent mieux que lui »? Vous entendez-vous quand vous vous demandez si l’euthanasie ne serait pas une meilleure solution que l’acharnement thérapeutique? Et si ce n’est pas vous, vous l’avez déjà entendu, je le sais.
Ok. Ne partons pas en croisade : nous n’en sommes pas encore à chercher des camps de concentration secrets… Je soulève simplement que, si l’on veut faire un nécessaire devoir de mémoire, il faut d’abord se souvenir que les nazis ont planté la graine de leur idéologie progressivement, dans un terreau déjà fertile. En temps de crise économique grave, d’accord. Mais le pire danger est de démoniser une idéologie dont nous ne somme pas vraiment à l’abri… On a qu’à remplacer les termes.
Les Allemands de 1933 étaient de vrais individus, avec des besoins et des réalités pas si différents des nôtres. Je crois profondément que si nous ne sommes pas déjà rendus à la moitié du chemin dans un glissement très dangereux, nous en sommes néanmoins très près. Attention à ce que nos institutions envoient comme message. Attention à ce que nous promouvons comme attitudes…
Attention à nos valeurs, à ce qu’on est prêt à laisser passer au nom du « ce n’est pas à moi que ça arrive. » Et à ce que nous somme prêts à défendre.
NDLR: Le passage cité est tiré du manuel d'histoire de 2e secondaire D'hier à demain, Éditions de la Chenelière, 2006.
20:50 Publié dans Actualité, Politique - Société - Monde, Réflexions | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : Histoire, nazis, politique, société
13 juillet 2006
Dieudonné, les médias et le racisme hypocrite
J'aime bien Dieudonné. Juste de dire ça, j'ai le B'nai Brith à mes trousses, je le sens. Je parle de Dieudonné parce que j'ai vu hier l'émission spéciale enregistrée au festival Juste pour Rire 2005, où Stephan Bureau l'interviewait, manière "Actor's studio".
J'aime l'humour politique, l'humour noir, intelligent, cynique, celui qui frappe au bon endroit, même s'il faut écorcher les bonnes consciences. Et puis, on est devenus "politiquement corrects" et auto-censurés au point que tout semble être une provocation... Dieudonné le sait, les Zapartistes le savent, Yvon Deschamps le sait, Coluche devait le savoir. Et quiconque aime un peu le débat le sait aussi: Si tout le monde a le droit de penser ce qu'il veut, alors les opinions de se discutent pas. Pour beaucoup de gens qui, malheureusement, n'ont pas pris le temps de bien réfléchir et construire leurs arguments, cela veut surtout dire "pas de débat." Et quand on se met à rire du pouvoir, c'est pire, parce que le pouvoir n'a pas d'autre argument que lui-même. Donc, il est clair qu'il n'y a pas de débat, ou si peu...
Tout humoriste qui fait dans ce genre sait qu'il peut être victime d'excès de moralisme. Il devrait aussi savoir qu'il n'est pas à l'abri d'une blague de son cru qui serait un peu trop poussée... Dieudonné l'a appris à ses dépends avec un sketch sur un colon israélien. Pour lui, c'est une question de pouvoir. Pouvoir de l'État d'Israël dont on a pas le droit de se moquer, alors qu'on sait bien toutes les farces horribles faites sur les Arabes et les Noirs. J'aime bien, à ce propos, le concept de "pornographie mémorielle". Terme controversé, qu'il a utilisé pour qualifier le capital de sympathie que la communauté juive s'est construite après l'Holocauste et qui est aujourd'hui utilisé en tant que bouclier politique... Le devoir de mémoire qui rend coupable de se moquer.
Est-ce qu'un jour on pourra arrêter de parler en terme de "victimes" et "d'excuses"? Est-ce qu'on pourra juste rire de nous-même un peu, et construire quelque chose de mieux? C'est peut-être ça au fond, l'humour de Dieudonné.
14:25 Publié dans Culture, Médias, Réflexions | Lien permanent | Commentaires (1) | Envoyer cette note | Tags : humour, politique, Dieudonné, morale, censure






















