11 février 2008
Des thèmes lourds dans le cinéma québécois
Deux films sortent ces jours-ci sur les écrans du Québec. Les thème traités par ces films méritent l'attention, entre tous les films légers et sans grande portée que notre cinéma nous offre habituellement, Borderline et Tout est parfait tentent une percée pour élargir au grand public des sujets souvent réservés au cinéma d'auteur hermétique. Le suicide, l'automutilation, la folie, la pulsion de mort ou de survie, l'amour et ultimement, l'estime de soi.
Tout est parfait traitera du suicide chez les adolescents. Abordés lors de Tout le monde en parle ce dimanche, les deux créateurs du film (Yves-Christian Fournier et Guillaume Vignault) ont voulu souligner la nécessité de ce film pour des jeunes qui seraient susceptibles de passer à l'acte: "le film montre un personnage qui choisit la vie, qui lui donne un sens", l'animateur poursuit (adaptation libre): "j'ai vu 150 personnes en larmes, effondrées, aux funérailles d'une jeune fille de 14 ans. Peut-être ne serait-elle pas partie si elle avait constaté la peine de masse qu'elle avait suscité". J'ai instantanément songé à mon ami Alexandre, parti à 19 ans. Oui, c'est ça: une centaine de personnes, dans une église, qui s'effondrent tous de désarroi devant une petite urne censée protéger ce qui reste de notre ami. Bizarre, j'avais pensé à lui aujourd'hui: c'est lui qui m'avait donné la vraie piqure de la photo. J'ai ai fait toute la journée. Et puis cette entrevue... L'absurdité, c'est que le film est interdit au moins de 16 ans, qui sont le vrai public cible du film. J'espère que le film provoquera les prises de conscience qu'il mérite.
Borderline (adapté de Borderline et La Brèche, de Marie-Sissi Labrèche) aborde un sujet sans doute moins lourd que la mort, mais tout aussi tortueux et torturé: ce qu'on pense mériter de l'amour, comment on entre en relation, comment on transcende notre souffrance. Pour Kiki Labrèche, c'est l'écriture: le processus est pénible, mais le désir de résilience est là. Elle vient d'un milieu difficile, pas de figure masculine modèle, une mère psychiatrisée, des pulsions sexuelles auto-destructrices accompagnées de troubles d'automutilation. Incapable de se laisser aimer, son truc à elle, c'est se faire défoncer par un homme qui ne voit en elle qu'une fantaisie de chambre d'hôtel. Pas que le sexe cru soit négligeable, mais le propos est limpide dans la scène où la lenteur d'un gars tendre et doux la rend presque nerveuse. "Aimer, pour moi, c'était ouvrir les cuisses à l'infini", comme la seule preuve d'attention à obtenir: tant qu'on ne te rentre pas dedans, tu n'existe pas. Et pourtant... "Je suis un danger privé", dit-elle, dans une séance de sex-addicts anonymes. Au-delà de ses multiples qualités filimiques (casting de Première Classe, flash-backs simultanés, mots en filigranes, trame sonore...), le film parlera à plusieurs: aux amochés de la vie affective, à ceux qui doutent d'eux-mêmes, aux mères-filles aux relations tordues, aux solitaires qui voudraient bien, mais ne savent pas s'abandonner...et à cette petite personne en chacun de nous qui croit qu'il ne vaut pas la peine qu'on s'occupe de lui. Un film beau parce qu'il est vrai, sans émotions ou larmes faciles.
04:42 Publié dans Actualité , Culture , Film , Politique - Société - Monde | Lien permanent | Commentaires (1) | Envoyer cette note | Tags : cinéma, Québec, Tout est parfait, Borderline, suicide, résilience, psychose
30 novembre 2006
Chronique cinéma
Bien chers fans du 7e art, courez voir ceci si ce n'est déjà fait. Les fans d'Inarrittu reconnaîtront sont goût des histoires entrecroisées mais pas sans lien, son amour des personnages qui, comme vous et moi, font parfois dans leur vie des gestes complètement idiots et irréfléchis, nonobstant leur âge, leur origine, leur niveau de culture... Ça ne fait pas d'eux des monstres.
Où Lars Von Trier filme la nature humaine pour nous frapper avec, Inarrittu nous réconcilie avec elle, en nous montrant, simplement et sans jugement de valeur, la complexité des âmes.
Cependant, si c'est de débrancher votre cerveau qui vous intéresse, le dernier Bond, James Bond, Casino Royale, est indiqué. Le plus übersexuel des Bonds, et ça s'explique: Casino Royale est le premier opus de Fleming, créateur du personnage qui avait bien dû avoir une sensibilité avant... Ceci dit, faudra qu'on m'explique l'obsession actuelle du cinéma mainstream pour les explications de type "the beginning" (Batman et The Exorcist, pour ne nommer que ceux-là). Quant à Casino Royale, tous les classiques du genre 007 y sont, et cette fois, James est blond aux yeux bleus radioactifs! (Pas mauvais Daniel Craig, mais loin derrière Connery et Brosnan) Il fallait bien trouver quelque chose de nouveau. La prochaine fois il sera noir!
19:07 Publié dans Film | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : Babel, Bond, Casino Royale, cinéma
23 octobre 2006
Chronique Ciné
Le premier parle d’une chorale de personnages dont la vie culminera au même moment, au même endroit : une nuit d’automne, avenue Montaigne. Un pianiste de concert pris au piège dans son smoking, une actrice qui devine que son talent dépasse les textes de Feydeau, un collectionneur qui vend les œuvres qu’il a mis toute sa vie à assembler… Tous reliés par une petite bonne étoile, serveuse du coin, qui comprend tout même si elle croit ne rien comprendre… Le film n’est pas parfait, mais le message essentiel est bien rendu : le culot garantit une belle vie.
17:20 Publié dans Culture , Film , Loisirs | Lien permanent | Commentaires (1) | Envoyer cette note | Tags : Cinéma
25 mai 2006
Chronique cinéma d'un weekend mouillé
J’ai d’ailleurs beaucoup de difficulté avec les « journalistes » radiocanadeux (type RH Roy et F Nuovo) qui s’énervent et déchirent leur chemise sur le cas de ce film… Un blockbuster d’été qui est tiré d’un best seller… À quoi ils s’attendaient? À un chef d’œuvre?? Se sont faits avoir par le buzz du secret autour de la production… et peut-être sont-ils un peu frustrés qu’il n’y ait pas eu de présentation pour la presse, comme d’habitude. Me vient des envies de calmer les pompons…
Je fais partie de ceux qui avaient lu le Da Vinci Code. Dans ce groupe, il y a ceux qui ont voulu le brûler, ceux qui sont devenus des « Dan Brown Freaks » et ceux –dont je suis- qui y ont vu un divertissement chouette avec des questionnements pertinents sur la nature des symboles chrétiens et leur récupération. Pour la vérité historique, on repassera évidemment, à supposer qu’elle puisse être, ou non, infirmée. J’ai vu le film avec des gens qui avaient lu/pas lu le livre. Sur cinq, quatre y ont été honnêtement divertis et même si le film est une mise-en-image du livre, on ne perd pas de vue ce qui est important dans cet ouvrage, finalement : peu importe les tournures de l’histoire et les rhétoriques idéologiques, un homme un jour a posé des gestes inspirants dont nous pouvons, à notre tour, nous inspirer. Anecdote : ok, c’est JUSTE UNE SUPPOSITION. Les pyramides du Louvre, qui sont au cœur de la conclusion de cette histoire, ont été commandées par François Mittérand (grand fan de Napoléon et de l’Égypte antique), durant son « règne » à la présidence française. Il est aussi connu que l’homme faisait partie de la Franc-Maçonnerie. La supposition maintenant est qu’on croit que Mittérand était très haut placé dans le Prieuré de Sion…Dont on sait que l’existence est nébuleuse, contestée ou fabulée, selon votre position.
02:15 Publié dans Film | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note
20 avril 2006
Bonsoir et bonne chance...

Murrow est malheureusement un peu oublié aujourd’hui… Pourtant, il fut certainement l’inspiration d’une génération de journalistes avec ses entrevues de fond et ses émissions radio en provenance de Londres, pendant la campagne de Normandie (1944).
Le film recrée très bien l’ambiance d’un studio CBS des années 50. Peu de musique ambiante, peu d’artifices sonores, toute la place est laissée au poids des dialogues et des films d’archives. On a d’ailleurs récupéré les véritables archives en ce qui concerne McCarthy, sans utiliser d’acteur. (D’ailleurs, Internet Movie Database rapporte que les auditoires-tests, croyant à un acteur, auraient cru le jeu du « faux » McCarthy un peu trop poussé!) Habile traitement des prises de vues, accentuant la position de Clooney sur les médias : jeux de transparence, de reflets, de doubles prises de vues. Les prises en gros plan de Murrow servent presque de caméo, de parenthèse temporelle quand, lorsqu'il parle de la nature des médias et de la politique, on veut clairement nous faire comprendre qu’il faut entendre ce discours comme une opinion sur la tendance qu’ont les médias américains actuels à ne pas jouer leur rôle de critique des organisations publiques. Mais le film montre aussi la position des directeurs et producteurs de CBS, les choix à faire pour privilégier l’information aux dépends des alliances existantes avec l’armée ou les commanditaires. Par extension, on peut facilement conclure que le film s’adresse à tous les grands médias dans le monde. La couverture actuelle de la crise du Mont-Orford au Québec (voir chez MaZe) fait honte à ce chapitre… Complaisance ou incompétence? M’enfin.
Presque 30 ans après Network, un autre film PER-CU-TANT sur les médias et l’information, Good Night and Good Luck est un retour vers le futur aussi allumant que divertissant.
14:48 Publié dans Culture , Film | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note
10 avril 2006
Synchronicités
La semaine dernière, ma bonne amie MaZe nous offrait l’info suivante : en gros, Tony Blair serait en voie de passer un amendement qui permet de modifier une loi sans devoir obtenir l’approbation du Parlement. Une sorte de Fast Track, mais plus insidieux. Étrangement, –ou peut-être que non…- on en entend parler nulle part. Vendredi, je vais au cinéma. Je voulais voir « V for Vendetta », j’avais lu qu’il s’agissait d’une adaptation très politisée (par les frères Wachowski (Matrix)) d’une bd traitant d’une Angleterre tombée dans le fascisme. Ok, je crois que vous avez compris pour la « synchronicité ».

Et ce dimanche, en m’installant avec mes pasta primavera, l’émission de vulgarisation scientifique Découverte traite des multiples facettes plus sombres du cyberespace et termine son topo avec la biométrie, (déjà très/trop présente dans nos vies) et ÉCHELON, ce système de surveillance des communications électroniques qu’on a pas osé nommer Big Brother. Et Pour ceux qui l’ignorent encore, Big Brother n’est pas que le titre d’une émission de téléréalité nulle à chier. Lire 1984, qui se déroule d’ailleurs en Angleterre, comme le film Équilibrium, qui traite un peu du même sujet.
15:55 Publié dans Culture , Film , Médias , Politique - Société - Monde | Lien permanent | Commentaires (1) | Envoyer cette note
14 mars 2006
C.R.A.Z.Y. Genies

Une bonne nouvelle pour le film de Jean-Marc Vallée qui remporte 12 des 13 prix pour lesquels il était en lice!
Une moins bonne nouvelle pour le cinéma canadien anglais qui n’arrive toujours pas à se démarquer ni à être vu sur les écrans québécois… Le très beau Water de Deepa Metha (indo-canadienne) m’est arrivé via DVD et des films théoriquement canadiens comme History of violence de Cronenberg ou Where the truth lies de Atom Egoyan n’ont de canadien que…pas grand chose… C’est un peu triste. Que de grands réalisateurs veuillent élargir leurs horizons, c’est compréhensible. Que la relève tarde à se faire sentir et à traiter des problématiques propres aux sociétés du ROC, c’est plus inquiétant…
18:59 Publié dans Culture , Film | Lien permanent | Commentaires (3) | Envoyer cette note
20 janvier 2006
Cinéma politique
Il n’y a pas longtemps, j’ai vu, coup sur coup, deux films qui m’ont passablement jetée par terre pour les implications économiques et surtout politiques qu’ils soulèvent. Bien sûr, le cinéma est un art avant tout. Syriana et The constant gardener sont bien des films. Pas des documentaires… Mais une fois cette mise en garde faite, il faut admettre que les thèmes traités par ces deux films donnent froid sans le dos.
The constant gardener est ce film avec Ralph Fiennes sur les essais pharmaceutiques en Afrique. L’épouse d’un diplomate britannique, une activiste oeuvrant pour un organisme dénonçant les pratiques des compagnies pharmaceutiques et du gouvernement britannique, est tuée, dit-on, par des factions brigandes. Le diplomate en question découvrira vite le lien existant entre ces factions et les autorités africaines, occidentales et corporatives… Sa propre mort, maquillée en suicide, m’a fait songer à celle de ce diplomate britannique qui s’était suicidé suite au scandale sur les armes de destructions massives qui impliquait les services secrets et le gouvernement britanniques…
Syriana fait moins dans le sentiment, mais demeure tout aussi « enrageant ». Traitant des liens entre les compagnie pétrolières et les dirigeants arabes, ce film fait le portrait géo-socio-politique de toute la question de l’exploitation du pétrole dans le golfe Persique, incluant le terrorisme islamique. Même en ne saisissant pas tous les aspects du film en profondeur, l’esquisse est suffisante pour laisser sans voix, même si elle donne surtout envie de crier. Imaginez si j’avais tout compris…
Les deux films dressent des portraits assez complets : les intérêts des entreprises, les volontés politiques, les nécessités auxquelles font face les populations civiles. On se rend vite compte à quel point la collusion entre les multinationales et les gouvernements est puissante, allant jusqu’à impliquer plusieurs ONG.
Proportionnelles à la puissance de ces alliances, ces films démontrent surtout, à mon avis, l’incompétence des médias (quand ils ne sont pas carrément partie prenante) et, ce qui me chagrine réellement, l’impuissance des citoyens malgré tous leurs efforts pour s’activer, s’éveiller et dénoncer. Malgré tout, deux films importants et nécessaires.
« Sahara Lumber… Vous n’êtes pas faits pour cette planète… » -Richard Desjardins04:19 Publié dans Film | Lien permanent | Commentaires (1) | Envoyer cette note
11 janvier 2006
Munich
J’ai vu le film de Spielberg pendant le temps des Fêtes… Je n’aime pas particulièrement ce réalisateur : je le crois sophiste, obsédé de la question juive, spécieux dans ses raisonnements et je trouve toujours ses réflexions superficielles par rapport au sujet même qu’elles abordent et proportionnellement au traitement technique de ses films. Syndrôme du tout ça pour ça…
Je n’avais pas aimé Munich. Film très stylé « 1970 », presqu’un hommage au cinéma d’espionnage de cette époque, on y retrouve un enchevêtrement touffu d’informations sur la politique israélienne, l’espionnage international et les moyens top-secrets pris par Golda Meir pour venger Israël de la perte de ses athlètes lors des JO de Munich. Je trouvais alors plutôt inutile de faire un film sur ce sujet. Tant de scènes de violence supposément nécessaire, au nom d’une patrie dont l’existence est contestée, pour une diaspora à rapatrier… Et les membres du commando fantôme qui y perdent peu à peu leur âme, à se demander si ce qu’ils ont fait en vaut vraiment la peine… « Franchement, est-ce que j’ai vraiment besoin de 2h30 de kapow pour comprendre cela?? »
La réponse est bien sûr non. Les nouvelles du soir me suffisent amplement. Mais en lisant sur le film, en digérant son propos, mon animosité s’estompe : le film traite aussi de la proportion de la réponse à des attentats terroristes. Voilà le chaînon qui me manquait pour avoir au moins un bon mot pour ce film. Il prend d’ailleurs tout son sens à la dernière séquence. Une panoramique filme la pointe sud de Manhattan. En 1973, on y apercevait deux tours jumelles, toutes neuves. Au premier visionnage, cette scène avait achevé de me mettre en colère. J’y voyais une grossière erreur de contexte et un argument propagandiste de premier ordre, comme si Spielberg avait associé les Talibans à la question israélo-palestinienne.
Il y a aujourd’hui dans ma tête une deuxième explication qui complète la première, sans l’effacer : faire que le spectateur réfléchisse à la guerre en Afghanistan et en Irak, réponses énormes, coûteuses et souffrantes à un attentat terrible qui, en proportion, est une goutte d’eau dans l’océan de la souffrance humaine mondiale.
Un bon exercice pour moi donc, de constater que j’ai pu conclure trop vite. Mais pendant ce temps, Ben Laden court toujours et Sharon est comateux…
23:41 Publié dans Film | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note
14 novembre 2005
Horloge biologique de l'homme québécois
J'ai appris aujourd'hui que le film Horloge Biologique de Ricardo Trogi sera adapté par une maison de production de cinéma américain. J'en suis bien heureuse pour les créateurs originaux du film: toujours agréable d'avoir la reconnaissance de ses pairs. Pour ceux qui l'ignorent, le film traite des tergiversations de trois hommes québécois dans la jeune trentaine. Pas facile de mettre en scène des post-ados qui se demandent s'ils veulent avoir des enfants et/ou accéder à la demande de leurs copines de s'engager dans la voie de la famille, donc, de se caser...
Le film a donné lieu a de nombreuses discussions sur l'homme québécois moderne, d'ailleurs remis en question depuis quelques années déjà. Selon des statistiques dont la validité et l'origine me sont parfois flous, il serait plus suicidaire, plus décrocheur, plus mou, plus indécis que la moyenne des hommes occidentaux. C'est cet homme que dépeint le film, l'irresponsabilité et l'adolescence en plus.
Mais cette chronique porte moins sur l'homme québécois actuel que sur les archétypes qui l'ont formé. Certains de ces modèles sont tombés, laissant toute la place à des traits moins glorieux dont la présence n'en est pas moins lourde dans l'inconscient collectif des mâles d'ici.
Je sais bien que ce que je vais énoncer ne concerne que certains hommes. Vous savez qu'on ne parle pas de ce qui ne fait pas de bruit. Il me semble donc que ce qu'on attribue aux hommes modernes est en fait un "gène" social particulier et présent dans le vécu des hommes d'ici depuis qu'ils s'y sont établis. Ceux qui sont venus ici étaient des aventuriers. Il le fallait pour quitter son pays pour une terre où tout était à faire. Il fallait un esprit d'aventure, de voyage, de partance....d'éloignement, de fuite. Coureurs des bois, ouvriers de chantiers absents pendant 5 mois, colons-cultivateurs occupés sur la terre alors que l'épouse tient d'une main de fer le fort et les neuf enfants... Le foyer était le domaine communautaire, le domaine féminin. L'extérieur était le domaine de l'homme et il y était souvent seul, ou trop occupé à travailler pour communiquer. Je ne crois pas qu'il soit si surprenant que le Québec soit, au fond, une société matriarcale dans laquelle les hommes modernes, forcés d'être casaniers, se reconnaissent peu.
L'historienne en moi m'engueule: " Qu'est-ce que tu racontes?? Qu'est-ce que tu en sais? Que connais-tu de leurs valeurs, de leurs contraintes?? On ne peut pas prétendre connaître l'état d'esprit de gens dont le contexte de vie est si opposé au nôtre."
Et la sociologue à cinq cennes de répondre: "Je sais, et je me questionne en toute humilité. Mais il me semble que la vague de fond de l'esprit humain est immuable. La liberté, l'amour, la haine, la peur, sont des sentiments universels et intemporels."
C'est cela que je cherche chez les hommes québécois: le sentiment qui les relie tous et qui transcende les années, ce qu'ils ont appris les uns des autres au fil des générations et qui, aujourd'hui, dans notre contexte, se traduit par cette peur de s'engager dans une voie familiale qui, bien qu'elle représente des valeurs qu'ils respectent, leur paraît ennuyeuse, voleuse de liberté... Est-ce que, jadis, le poids de l'institution religieuse forçait cet engagement? Est-ce que le fait de jouer le rôle de père et de pourvoyeur, même à distance, pouvait tranquilliser la conscience de ceux qui ressentaient le désir de partir, de prendre le bois? Peut-être que le modèle de la cellule familiale québécoise, pour les garçons, ressemble à l'attente d'un père peu présent, silencieux alors qu'on entend la mère, autoritaire et nourricière à la fois, dire "attends que ton père revienne!" Reproduiraient-ils ce modèle de l'homme qui part, engagé officiellement, mais en vérité, seul avec lui-même...?
Je sais que je caricature à traits trop grossiers. Je sais que chacun a ses anecdotes, ses tendresses. Mais ces images reviennent perpétuellement. Elles font partie de nos esprits. Cela mérite réflexion.
00:25 Publié dans Film , La vie tout court... , Réflexions , Sociologie à 5 cennes | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note




















