09 février 2009

Devoir de mémoire II: Polytechnique

_resize_picture.jpg6 décembre 1989.  Vers 17h30, 18h.  J’ai presque 13 ans, première secondaire. De retour de l’école, devoirs terminés, j’allume la télé.  Bulletin spécial. Tuerie à Poly.  Images d’ambulanciers sur le rush, étudiants paniqués comme des bêtes traquées… Réactions erratiques, on ne sait pas. Quelqu’un tire sur les filles… Puis toute la planète Québec est sous le choc : 14 filles tuées, parce qu’elles voulaient être ingénieurs. Parce que, selon celui qui a tiré, c’étaient des maudites féministes.

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Difficile de parler du film de Denis Villeneuve sans déraper vers l’événement lui-même.  Le premier vrai long métrage réalisé sur ce sujet difficile a le tout premier mérite de briser la glace, justement. Les réactions publiques suscitées par le film en sont la preuve.  Chacun revit l’événement, retrace l’onde de choc. C’est un peu notre 11 septembre à nous.

J’ai entendu des critiques dire que le film était froid, clinique, « langue de bois », apolitique. Que LE film sur Poly était encore à faire.  Je me demande bien comment on aurait pu rendre ce film « politique » sans lui enlever du coup toute sa sensibilité. On a pas besoin de plus de « chaleur », ou de plus de couleur. L’action du film nous bouleverse suffisamment. Dès le départ, on nous plonge dans l’eau froide : voici le bruit des balles, voici le grain de l’image, voici l’économie de mots.  Traitement choc qui m'a clouée, le coeur en chamade, jusqu'au bout. Le fait de vivre un événement pareil doit avoir un effet anesthésiant. Ça « gèle », expliquant sans doute l’apparent détachement des personnages, tout à fait approprié selon moi.  La survivante épuisée mais forte, le jeune homme incapable de soutenir son sentiment de culpabilité. Je ne peux m’empêcher de songer qu’en traitant le film de froid et d’incomplet, certains manquent autant de compassion aujourd’hui qu’il y a vingt ans, alors que d’aucuns jugeaient égoïstes, et presque complices, les collègues masculins des filles abattues dans leur salle de cours.

Sur un plan strictement cinématographique, la photo de Pierre Gill est d’une maîtrise achevée. Le noir et blanc s’impose comme le seul choix possible. La qualité de contrastes et de nuances inhérente au noir et blanc finit par transmettre une ambiance « psychique » mieux que n’importe quelle palette de couleurs : le sang est plus noir, les flocons sont plus blancs, les regards sont plus profonds (celui de Karine Vanasse, surtout, habituellement d'une douceur noisette, est ici profondément noir).  Le talent de Villeneuve pour l’évocation métaphorique se raffine au fil des films et il m’a semblé y voir des plans dignes de Brault ou Jutras (rivière aux plaques de glace et corridor à l’envers), sans parler de la sobriété générale du jeu des acteurs, du scénario et du montage qui met en lumière le choc des actes.  Bravo à Benoît Charest pour la musique qui soutient sans mettre le doigt sur le bobo (crédit pour tout le film, sauf pour la bande annonce, qui est accompagnée par Ever Loving, de Moby). Dans la reconstitution, l’effet est saisissant : l’ambiance d’un lieu bourré d’étudiants (Poly est effectivement un lieu où on voit, toujours et n’importe où, un étudiant plongé dans ses notes) les vêtements des filles dont je me suis immédiatement souvenue (comme nous n’étions pas « sexualisées »! Jeans taille ultra haute, bottines, chandails trop grands… était-ce plus menaçant?). J'aurais moins cru au film si ce détail n'avait pas été scrupuleusement respecté.

J’ai été heureuse de constater la jeunesse des spectateurs qui assistaient à la projection. Certains d’entre eux n’étaient sans doute pas nés lors des événements et leur réaction « d’assommement » à la fin du film me porte à croire qu’il ne s’agit pas pour eux d’un autre film violent comme nous en visionnons tant…  Le devoir de mémoire semble fonctionner ici. J’aimerais bien que les gens de la plus jeune génération se mêle à la discussion collective et la « politise » un peu. C’est sans doute l’intention d’un film aussi personnel. Donner à chacun le pouvoir de se l’approprier pour livrer sa propre réflexion.

06 février 2009

À propos du devoir de mémoire...

_resize_picture.jpgIl y a de ces films qui nous apportent beaucoup plus qu’un moment de détente. Ils nous amènent sur des tas d’autres terrains et nous font soulever d’autres questions. Valse avec Bachir est l’un de ceux-là.  Le film d’animation d’Ari Folman traite de la perte de la mémoire.  De l’occultation des actes que notre psyché est incapable d’assimiler. Sorry, no compute.

Oui, je sais, c’est, au premier niveau de lecture, un film sur l’implication de l’armée israélienne lors des massacres de Sabra et Chatila, deux camps de réfugiés en bordure de Beyrouth. Voir guerre du Liban, 16 et 17 septembre 1982.  Si des centaines de civils sont morts aux mains des Phalangistes de Bachir Gemayel (en réprimande à un attentat ayant tué Gemayel), l’armée israélienne de l’époque et le ministre de la défense –Ariel Sharon- ont dû assumer une responsabilité dans l’épisode en raison de leur inaction. Voilà, trop rapidement, pour les "faits"…

Les films sur la mémoire sont souvent réalisés avec la guerre en trame de fond. Je pense surtout à Hiroshima mon amour, un autre métrage fascinant sur le traitement que la mémoire acorde à la souffrance pour trouver sa résilience: l’oubli.  Le personnage principal de Valse avec Bachir, d’abord stimulé par le rêve récurrent d’un ami, devient vite obsédé par la reconstruction de souvenirs qui n’étaient pas remontés à sa mémoire depuis 20 ans. Où était-il? Qu’a-t-il fait? Pourquoi ce rêve limpide d’une baignade en mer au moment du drame? Souvenir réèl ou reconstruction psycho-symbolique?

C’est qu’en plus de plonger dans le monde fascinant de la mémoire et de l’oubli, où le personnage principal est un peu une métaphore du peuple israélien, le propos du film est d’analyser notre perception de la souffrance et notre capacité à y résister.  Comme le lui fait remarquer un ami psychologue, le personnage principal peine à ordonner ses souvenirs car, par rêve interposé, il associerait ses actes lors du massacre à ceux des bourreaux nazis ayant persécuté sa propre famille.  L’idée est insupportable, il l’occulte.

Les images finales du film –des séquences d’archives tournées aux lendemains des massacres: cadavres dans les rues, décombres, etc.- m’ont renvoyé une tout autre question. Si le devoir de mémoire est nécessaire et doit servir à notre évolution en tant que race humaine, doit-il absolument passer par la rediffusion en boucle d’images agressantes qui humilient et enragent tant les uns que les autres?  Qu’il s’agisse d’Israël en Palestine, des Nazis en Pologne, du Rwanda ou de la reconstitution de la Conquête sur les Plaine d’Abraham, n’est-ce pas se complaire dans nos blessures que de s’infliger des “devoirs de mémoire” qui nous remettent le nez dans la merde, plutôt que de nous permettre d’apprendre et d’avoir de plus en plus de recul?  Il m'a semblé que c'était l'objectif de Valse avec Bachir...

08 octobre 2008

Chronique cinéma

Au cinéma, mes ambiances récentes m’ont emmené vers deux films qui, à leur manière, traitent de certaines errances intérieures avec, en trame, la force des liens familiaux et le pouvoir de l’instinct de survie. Pas de grandes envolées lyriques avec violons et images somptueuses, mais la simplicité qui laisse toute la place aux talents des interprètes et aux émotions des histoires.

54a7009ad59007496d09c122e163f808.jpgSur le grand écran, c’est Il y a longtemps que je t’aime, de Philippe Claudel avec Kristin Scott-Thomas qui m’a transporté dans cette ambiance. Une femme incarcérée pour meurtre depuis 15 ans sort de prison et tente de retrouver une vie et un équilibre dans la famille de sa jeune soeur. Un peu à la Chabrol, Claudel laisse toujours planer le doute sur l’équilibre mental du personage et on attend toujours la tuile qui tombera, jusqu’aux 15 dernières minutes. Mais plein d’une retenue et d’une subtilité qui donne au film toute sa douceur et sa tension à la fois, sans racoler, on est pris par la fragilité du processus de réconciliation entre les deux soeurs et la lenteur du retour à la vie du personnage principal. Un très beau film, sensible et censé.

La coïncidence des thèmes est née du film vu à la télé ce soir, The beautiful country. Je n’avais jamais entendu parler de ce film et si ARTV ne l’avait pas diffusé, il serait passé sous le radar. Co-produit par Terrence Malick, le film raconte l’histoire d’un métis vietnamien/américain, déconsidéré dans son pays “parce qu’il a le visage de l’ennemi”. Son histoire est celle de beaucoup de “boat people”, venus en Amérique pour trouver qui la richesse, qui sa famille, vendus aux plus cupides pour passer la traversée. Mené par l’espoir fou de retrouver le père Texan qu’il n’a pas connu, le personnage traverse des distances physiques et mentales infranchissables pour la vaste majorité d’entre nous. Encore une fois, le dernier 20 minutes du film, d’une grande tendresse dans les gestes et les non-dits, n’est qu’un aboutissement qui récompense la traversée…

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20 mai 2008

Metroland 1968

Étrange, je réalise que mes deux derniers billets traitent de mai 1968 et d'un trait culturel frappant de la Grande-Bretagne: la peur de la conformité, dans la rigidité de codes sociaux fixes...  D'ailleurs, un beau site sur Mai 68 m'a été transmis ce weekend: www.barricades.fr, une bédé virtuelle sur les événements.

Il est fascinant d'observer ce trait de personnalité de l'humanité: la valse hésitation entre son besoin de sécurité et son besoin d'émotions fortes.

Cela me fait penser au film Metroland, avec Christian Bale et Emily Watson, sur un jeune homme qui, se trouvant à Paris en 68, ne souhaite pas prendre part à l'histoire en marche, à sa portée.  Mais 10 ans plus tard, il questionne ses choix de vie trop conformistes...

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11 février 2008

Des thèmes lourds dans le cinéma québécois

Deux films sortent ces jours-ci sur les écrans du Québec.  Les thème traités par ces films méritent l'attention, entre tous les films légers et sans grande portée que notre cinéma nous offre habituellement, Borderline et Tout est parfait tentent une percée pour élargir au grand public des sujets souvent réservés au cinéma d'auteur hermétique.  Le suicide, l'automutilation, la folie, la pulsion de mort ou de survie, l'amour et ultimement, l'estime de soi.

cac115059ad98ca139ad5c5e4129a1e6.jpgTout est parfait traitera du suicide chez les adolescents. Abordés lors de Tout le monde en parle ce dimanche, les deux créateurs du film (Yves-Christian Fournier et Guillaume Vignault) ont voulu souligner la nécessité de ce film pour des jeunes qui seraient susceptibles de passer à l'acte: "le film montre un personnage qui choisit la vie, qui lui donne un sens", l'animateur poursuit (adaptation libre): "j'ai vu 150 personnes en larmes, effondrées, aux funérailles d'une jeune fille de 14 ans.  Peut-être ne serait-elle pas partie si elle avait constaté la peine de masse qu'elle avait suscité".  J'ai instantanément songé à mon ami Alexandre, parti à 19 ans.  Oui, c'est ça: une centaine de personnes, dans une église, qui s'effondrent tous de désarroi devant une petite urne censée protéger ce qui reste de notre ami.  Bizarre, j'avais pensé à lui aujourd'hui: c'est lui qui m'avait donné la vraie piqure de la photo.  J'ai ai fait toute la journée.  Et puis cette entrevue... L'absurdité, c'est que le film est interdit au moins de 16 ans, qui sont le vrai public cible du film.  J'espère que le film provoquera les prises de conscience qu'il mérite.

9edd0f590c652594132ae4e4e5acfe84.jpegBorderline (adapté de Borderline et La Brèche, de Marie-Sissi Labrèche) aborde un sujet sans doute moins lourd que la mort, mais tout aussi tortueux et torturé: ce qu'on pense mériter de l'amour, comment on entre en relation, comment on transcende notre souffrance.  Pour Kiki Labrèche, c'est l'écriture: le processus est pénible, mais le désir de résilience est là.  Elle vient d'un milieu difficile, pas de figure masculine modèle, une mère psychiatrisée, des pulsions sexuelles auto-destructrices accompagnées de troubles d'automutilation.  Incapable de se laisser aimer, son truc à elle, c'est se faire défoncer par un homme qui ne voit en elle qu'une fantaisie de chambre d'hôtel.  Pas que le sexe cru soit négligeable, mais le propos est limpide dans la scène où la lenteur d'un gars tendre et doux la rend presque nerveuse.  "Aimer, pour moi, c'était ouvrir les cuisses à l'infini", comme la seule preuve d'attention à obtenir: tant qu'on ne te rentre pas dedans, tu n'existe pas.  Et pourtant...  "Je suis un danger privé", dit-elle, dans une séance de sex-addicts anonymes.  Au-delà de ses multiples qualités filimiques (casting de Première Classe, flash-backs simultanés, mots en filigranes, trame sonore...), le film parlera à plusieurs: aux amochés de la vie affective, à ceux qui doutent d'eux-mêmes, aux mères-filles aux relations tordues, aux solitaires qui voudraient bien, mais ne savent pas s'abandonner...et à cette petite personne en chacun de nous qui croit qu'il ne vaut pas la peine qu'on s'occupe de lui.  Un film beau parce qu'il est vrai, sans émotions ou larmes faciles.

30 novembre 2006

Chronique cinéma

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Bien chers fans du 7e art, courez voir ceci si ce n'est déjà fait.  Les fans d'Inarrittu reconnaîtront sont goût des histoires entrecroisées mais pas sans lien, son amour des personnages qui, comme vous et moi, font parfois dans leur vie des gestes complètement idiots et irréfléchis, nonobstant leur âge, leur origine, leur niveau de culture...  Ça ne fait pas d'eux des monstres.

Où Lars Von Trier filme la nature humaine pour nous frapper avec, Inarrittu nous réconcilie avec elle, en nous montrant, simplement et sans jugement de valeur, la complexité des âmes.

Cependant, si c'est de débrancher votre cerveau qui vous intéresse, le dernier Bond, James Bond, Casino Royale, est indiqué.  Le plus übersexuel des Bonds, et ça s'explique: Casino Royale est le premier opus de Fleming, créateur du personnage qui avait bien dû avoir une sensibilité avant... Ceci dit, faudra qu'on m'explique l'obsession actuelle du cinéma mainstream pour les explications de type "the beginning" (Batman et The Exorcist, pour ne nommer que ceux-là). Quant à Casino Royale, tous les classiques du genre 007 y sont, et cette fois, James est blond aux yeux bleus radioactifs! (Pas mauvais Daniel Craig, mais loin derrière Connery et Brosnan) Il fallait bien trouver quelque chose de nouveau.  La prochaine fois il sera noir!

23 octobre 2006

Chronique Ciné

Deux bons films à mon palmarès ce weekend.  Je me félicite de ne pas être allée user ma patience (qui est déjà passablement à boutte) sur Cheech et Marie-Antoinette, alors je vous entretiendrai de Fauteuil d’orchestre (Thompson) et de The departed (Scorcese). 

medium_fauteuil25tj.jpgLe premier parle d’une chorale de personnages dont la vie culminera au même moment, au même endroit : une nuit d’automne, avenue Montaigne.  Un pianiste de concert pris au piège dans son smoking, une actrice qui devine que son talent dépasse les textes de Feydeau, un collectionneur qui vend les œuvres qu’il a mis toute sa vie à assembler…  Tous reliés par une petite bonne étoile, serveuse du coin, qui comprend tout même si elle croit ne rien comprendre…  Le film n’est pas parfait, mais le message essentiel est bien rendu : le culot garantit une belle vie. 

 

medium_departed.jpgLe second film joue dans un tout autre registre : thriller policier-mafieux, on n’est vraiment pas dans la leçon de bonheur.  Deux jeunes agents de police de Boston proviennent du milieu de la mafia irlandaise de la ville.  L’un d’eux (Matt Damon, correct dans la plastique double face) est la taupe du parrain (Jack Nicholson, wow), l’autre (Leo DiCaprio, très juste de tension et de torsion intérieures) veut s’extirper de ce milieu.  L’action est bien menée, pas de leçon kitsch sur la rédemption, la tension monte en crescendo. Dans le genre, à ne pas rater, svp.

 

 

25 mai 2006

Chronique cinéma d'un weekend mouillé

Qu’y a-t-il de mieux à faire, lors d’un long weekend où on annonce 90% de probabilité d’averses, que de lire un peu, dormir, aller chez Ikea et faire de la bouffe?? « On va au cinéma? » « Mmmmoui!! » Ma chronique cinéma témoignera donc –vous verrez- de l’état de mon cerveau : la plogue est tirée. Trad : La pile « intelligence » est à plat. Le divertissement pur et simple est donc tout indiqué. Ça tombe bien : Da Vinci Code et Over the Hedge sortaient le même jour!

 

J’ai d’ailleurs beaucoup de difficulté avec les « journalistes » radiocanadeux (type RH Roy et F Nuovo) qui s’énervent et déchirent leur chemise sur le cas de ce film… Un blockbuster d’été qui est tiré d’un best seller… À quoi ils s’attendaient? À un chef d’œuvre?? Se sont faits avoir par le buzz du secret autour de la production… et peut-être sont-ils un peu frustrés qu’il n’y ait pas eu de présentation pour la presse, comme d’habitude. Me vient des envies de calmer les pompons…

Je fais partie de ceux qui avaient lu le Da Vinci Code. Dans ce groupe, il y a ceux qui ont voulu le brûler, ceux qui sont devenus des « Dan Brown Freaks » et ceux –dont je suis- qui y ont vu un divertissement chouette avec des questionnements pertinents sur la nature des symboles chrétiens et leur récupération. Pour la vérité historique, on repassera évidemment, à supposer qu’elle puisse être, ou non, infirmée. J’ai vu le film avec des gens qui avaient lu/pas lu le livre. Sur cinq, quatre y ont été honnêtement divertis et même si le film est une mise-en-image du livre, on ne perd pas de vue ce qui est important dans cet ouvrage, finalement : peu importe les tournures de l’histoire et les rhétoriques idéologiques, un homme un jour a posé des gestes inspirants dont nous pouvons, à notre tour, nous inspirer. Anecdote : ok, c’est JUSTE UNE SUPPOSITION. Les pyramides du Louvre, qui sont au cœur de la conclusion de cette histoire, ont été commandées par François Mittérand (grand fan de Napoléon et de l’Égypte antique), durant son « règne » à la présidence française. Il est aussi connu que l’homme faisait partie de la Franc-Maçonnerie. La supposition maintenant est qu’on croit que Mittérand était très haut placé dans le Prieuré de Sion…Dont on sait que l’existence est nébuleuse, contestée ou fabulée, selon votre position.

Dans le beaucoup plus léger, laissez-moi vous influencer et vous convaincre de profiter du délicieux Over the Hedge. Basé sur une bande dessinée, une petite bande d’animaux envahis par la banlieue entre en contact avec le monde des humains et son potentiel de fabrication de déchets « nourrissants ». (Sérieusement, présentez à un écureuil une noisette et une frite. Vers lequel va-t-il se garrocher vous pensez?) C’est du délire, c’est drôle et les humains passent pour de gros porcs. J’adore. Cela m’a beaucoup rappelé Pom Poko, produit par Miyazaki, où une bande de ratons laveurs voient leur environnement détruit par le développement urbain. Bon, le but d’Over the Hedge est surtout de faire rire. La réflexion environnementale est donc très subtile et le couch potato moyen a toutes les chances de passer tout à fait à côté. Mais ceux dont les neurones se parlent sauront de quoi il est question. Vous ne verrez plus jamais les écureuils et les ratons de la même façon…

20 avril 2006

Bonsoir et bonne chance...

J’avais très hâte de voir le film de Clooney, Good Night and Good luck, sur les reportages préparés par Edward R. Murrow pour CBS dans les années 1950 sur le sénateur McCarthy.  Ultimement, ces reportages préparèrent le terrain pour la chute du Sénateur et pour l’enquête qui suivit sur ses méthodes dans la « chasse aux sorcières communistes ».  Un peu comme Arthur Miller avait écrit The Crucible à cette époque et sur le même sujet (de manière à subtilement critiquer le Sénateur), Clooney semble parler des médias dans les années 1950, mais en réalité, ce sont les médias et la politique américaine actuels qu’il vise…  
 
Murrow est malheureusement un peu oublié aujourd’hui…  Pourtant, il fut certainement l’inspiration d’une génération de journalistes avec ses entrevues de fond et ses émissions radio en provenance de Londres, pendant la campagne de Normandie (1944). 
 
Le film recrée très bien l’ambiance d’un studio CBS des années 50.  Peu de musique ambiante, peu d’artifices sonores, toute la place est laissée au poids des dialogues et des films d’archives.  On a d’ailleurs récupéré les véritables archives en ce qui concerne McCarthy, sans utiliser d’acteur.  (D’ailleurs, Internet Movie Database rapporte que les auditoires-tests, croyant à un acteur, auraient cru le jeu du « faux » McCarthy un peu trop poussé!)  Habile traitement des prises de vues, accentuant la position de Clooney sur les médias : jeux de transparence, de reflets, de doubles prises de vues.  Les prises en gros plan de Murrow servent presque de caméo, de parenthèse temporelle quand, lorsqu'il parle de la nature des médias et de la politique, on veut clairement nous faire comprendre qu’il faut entendre ce discours comme une opinion sur la tendance qu’ont les médias américains actuels à ne pas jouer leur rôle de critique des organisations publiques.  Mais le film montre aussi la position des directeurs et producteurs de CBS, les choix à faire pour privilégier l’information aux dépends des alliances existantes avec l’armée ou les commanditaires.  Par extension, on peut facilement conclure que le film s’adresse à tous les grands médias dans le monde.  La couverture actuelle de la crise du Mont-Orford au Québec (voir chez MaZe) fait honte à ce chapitre…  Complaisance ou incompétence?  M’enfin.
 
Presque 30 ans après Network, un autre film PER-CU-TANT sur les médias et l’information, Good Night and Good Luck est un retour vers le futur aussi allumant que divertissant.

 

10 avril 2006

Synchronicités

La semaine dernière, ma bonne amie MaZe nous offrait l’info suivante : en gros, Tony Blair serait en voie de passer un amendement qui permet de modifier une loi sans devoir obtenir l’approbation du Parlement.  Une sorte de Fast Track, mais plus insidieux.  Étrangement, –ou peut-être que non…- on en entend parler nulle part.  Vendredi, je vais au cinéma.  Je voulais voir « V for Vendetta », j’avais lu qu’il s’agissait d’une adaptation très politisée (par les frères Wachowski (Matrix)) d’une bd traitant d’une Angleterre tombée dans le fascisme.  Ok, je crois que vous avez compris pour la « synchronicité ».
 

CE FILM EST MON NOUVEAU FILM-CULTE.  Je vais harceler tout le monde, I’ll shove it down your throats…  Pas simplement parce qu’il regroupe tous les symboles et toutes les attitudes qui me font personnellement vibrer jusqu’au fond de mon âme, mais surtout parce qu’il force un spectateur averti, attentif et intelligent à se poser plusieurs questions sur la nature de l’ambiance politique actuelle, sur ses possibilités de glissements, sur ce qui se cache derrière le show des nouvelles et finalement, sur ce qu’implique toute activité de résistance ou simplement de dissidence.  Les questions viendront de toute façon facilement à l’esprit de n’importe qui écoute un peu le Téléjournal : le traitement des images nous renvoie aux médias que nous connaissons bien.  On a inséré dans les dialogues des exemples d’ostracisation envers les homosexuels, les Arabes, les Irlandais, les artistes…  Et on y croit parce qu’on sait bien que la réalité n’est est pas si loin.  J’ai beaucoup aimé, à la scène finale, le fait d’habiller la foule des citoyens en un personnage anonyme, témoin de l’aboutissement d’une crise qui permet de se demander quelle est la différence entre un terroriste, un libérateur et un résistant…  En prime, quiconque connaît un peu l’histoire du Comte de Monte-Cristo verra en filigrane un repère culturel assez intéressant.  J’aurais aimé qu’on travaille davantage l’état d’esprit des citoyens : troupeau de moutons ou rebelles en latence?  Ce n’est pas clair…  Mais c’est peu cher payer pour un bon film de culture populaire qui se tient néanmoins loin des standards habituels. 
 
Et ce dimanche, en m’installant avec mes pasta primavera, l’émission de vulgarisation scientifique Découverte traite des multiples facettes plus sombres du cyberespace et termine son topo avec la biométrie, (déjà très/trop présente dans nos vies) et ÉCHELON, ce système de surveillance des communications électroniques qu’on a pas osé nommer Big Brother.  Et Pour ceux qui l’ignorent encore, Big Brother n’est pas que le titre d’une émission de téléréalité nulle à chier.  Lire 1984, qui se déroule d’ailleurs en Angleterre, comme le film Équilibrium, qui traite un peu du même sujet.

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