19 février 2008

De la poésie de Richard D.

C'est pas moi qui le dit, c'est Foglia dans La Presse d'aujourd'hui...  Suite au top 50 des albums québécois paru dans le même journal la semaine dernière.

Dieu sait que j’ai écouté et réécouté Jaune, de Ferland, le disque qui arrive en tête de notre top 50. Dieu sait que j’ai aimé cette propre-rock planante que l’on faisait jouer tard la nuit quand on revenait accompagné du Prince-Arthur. Il est pourtant un fait patent et qui ne laisse pas le plus petit espace à la discussion : Jaune n’est pas du tout dans la même catégorie que Tu m’aimes-tu de Desjardins (...).

Par son inspiration, par ses trouvailles d’écriture,
Tu m’aimes-tude Richard Desjardins est de loin, très très loin, le meilleur disque québécois de l’histoire, et peut-être même le meilleur disque de chansons françaises à avoir jamais été écrit.

Mais non ce n’est pas mon opinion. Je me tue à vous dire que c’est un fait.

Ouf. Rien de moins.  Pas Félix, pas Vignault, pas Claude Léveillé...  Encore trop franco-international?  C'est vrai que si Richard Desjardins fait moins l'unanimité, sa poésie demeure totalement originale, enracinée dans le terroir d'Abitibi.  Perso, j'ai beau être une fan finie de Desjardins, j'ai toujours un problème avec les hiérarchies...

18 février 2008

Débat de langues

Sergio Kokis et Pauline Marois (à tout le monde en parle) s'obstinent et discutent de la qualité du français au Québec. 

Kokis: Si la qualité de la langue baisse, c'est de la faute des Québécois!  Les immigrants apprennent le français rapidement et le parlent mieux!  Je crois que la qualité de la langue au Québec est bien inférieure à celle qui est parlée en France.  C'est une question de respect. Si vous ne vous respectez pas vous-même, personne ne le fera!

Marois: Laissez-moi vous expliquer.  C'est une langue différente!

Kokis:  Madame, écoutez-vous TVA??

Marois: hahaha, oui. Mais il faut bien savoir que les Québécois n'ont pas toujours été chanceux.  Ils n'allaient pas à l'école avant les années soixante!  Ils n'étaient pas scolarisés.  Nous arrivons de bien loin!

Kokis: Et moi, je n'arrive pas de loin??  (Kokis est Brésilien)  Et est-ce que ça signifie qu'il faut continuer à être médiocre? 

Kokis a un bon point...  Le débat sur la nature du Français d'ici est peut-être un peu vieux, mais les efforts faits par les immigrants pour s'intégrer et apprendre une langue dont nous nous disons fiers valent bien que nous soyions aussi soucieux de la qualité de notre expression. Les excuses imbéciles de Marois mettent en lumière non seulement sa condescendance envers les Canadiens-Français d'antan, mais la nécessité viscérale que nous éprouvons -puisqu'une de nos dirigeants le fait- de devoir nous excuser, nous cacher derrière de "bonnes" raisons, de nous traiter au fond, encore une fois, comme des victimes.  Est-ce un réflexe de boomer?  Madame Marois met peut-être inconsciemment dans ses paroles son propre vécu.  Mais elle évacue surtout toute l'élite canadienne-française qui a contribué à développer la société qu'elle aspire à diriger.  Et dans ce contexte, sa position actuelle sur l'enseignement de l'anglais langue seconde (nonobstant les enjeux réels de cette question) relève du déni.  Rien de ce que dit cette femme n'est conséquent, et chacun de ses arguments pour justifier ses positions est du plus élémentaire sophisme...

Rien d'étonnant à ce que notre débat schyzophrène sur la langue, l'identité et l'immigration tourne en rond.

11 février 2008

Des thèmes lourds dans le cinéma québécois

Deux films sortent ces jours-ci sur les écrans du Québec.  Les thème traités par ces films méritent l'attention, entre tous les films légers et sans grande portée que notre cinéma nous offre habituellement, Borderline et Tout est parfait tentent une percée pour élargir au grand public des sujets souvent réservés au cinéma d'auteur hermétique.  Le suicide, l'automutilation, la folie, la pulsion de mort ou de survie, l'amour et ultimement, l'estime de soi.

cac115059ad98ca139ad5c5e4129a1e6.jpgTout est parfait traitera du suicide chez les adolescents. Abordés lors de Tout le monde en parle ce dimanche, les deux créateurs du film (Yves-Christian Fournier et Guillaume Vignault) ont voulu souligner la nécessité de ce film pour des jeunes qui seraient susceptibles de passer à l'acte: "le film montre un personnage qui choisit la vie, qui lui donne un sens", l'animateur poursuit (adaptation libre): "j'ai vu 150 personnes en larmes, effondrées, aux funérailles d'une jeune fille de 14 ans.  Peut-être ne serait-elle pas partie si elle avait constaté la peine de masse qu'elle avait suscité".  J'ai instantanément songé à mon ami Alexandre, parti à 19 ans.  Oui, c'est ça: une centaine de personnes, dans une église, qui s'effondrent tous de désarroi devant une petite urne censée protéger ce qui reste de notre ami.  Bizarre, j'avais pensé à lui aujourd'hui: c'est lui qui m'avait donné la vraie piqure de la photo.  J'ai ai fait toute la journée.  Et puis cette entrevue... L'absurdité, c'est que le film est interdit au moins de 16 ans, qui sont le vrai public cible du film.  J'espère que le film provoquera les prises de conscience qu'il mérite.

9edd0f590c652594132ae4e4e5acfe84.jpegBorderline (adapté de Borderline et La Brèche, de Marie-Sissi Labrèche) aborde un sujet sans doute moins lourd que la mort, mais tout aussi tortueux et torturé: ce qu'on pense mériter de l'amour, comment on entre en relation, comment on transcende notre souffrance.  Pour Kiki Labrèche, c'est l'écriture: le processus est pénible, mais le désir de résilience est là.  Elle vient d'un milieu difficile, pas de figure masculine modèle, une mère psychiatrisée, des pulsions sexuelles auto-destructrices accompagnées de troubles d'automutilation.  Incapable de se laisser aimer, son truc à elle, c'est se faire défoncer par un homme qui ne voit en elle qu'une fantaisie de chambre d'hôtel.  Pas que le sexe cru soit négligeable, mais le propos est limpide dans la scène où la lenteur d'un gars tendre et doux la rend presque nerveuse.  "Aimer, pour moi, c'était ouvrir les cuisses à l'infini", comme la seule preuve d'attention à obtenir: tant qu'on ne te rentre pas dedans, tu n'existe pas.  Et pourtant...  "Je suis un danger privé", dit-elle, dans une séance de sex-addicts anonymes.  Au-delà de ses multiples qualités filimiques (casting de Première Classe, flash-backs simultanés, mots en filigranes, trame sonore...), le film parlera à plusieurs: aux amochés de la vie affective, à ceux qui doutent d'eux-mêmes, aux mères-filles aux relations tordues, aux solitaires qui voudraient bien, mais ne savent pas s'abandonner...et à cette petite personne en chacun de nous qui croit qu'il ne vaut pas la peine qu'on s'occupe de lui.  Un film beau parce qu'il est vrai, sans émotions ou larmes faciles.

02 octobre 2007

Citoyens, à vos caméras!

Vu sur le site www.novae.com, une plateforme de communications et d'échange pour les acteurs impliqués dans le développement durable, l'initiative Pangea Day, dont l'objectif est de permettre au monde entier de se voir et de se découvrir, à travers les yeux de l'autre.

L'idée: vous faites un film, un petit court-métrage, avec votre caméra maison. Que vous viviez aux pieds de Central Park où dans un kibboutz à la frontière égyptienne, ce qu'on veut voir, c'est votre réalité, votre regard, sans intermédiaire (sauf bien sûr, celui du comité de sélection).

Imaginez...  C'est sans aucun doute la première fois de l'histoire où assez de gens sur la planète peuvent avoir accès à la technologie nécessaire pour réaliser ce type de film sans autre moyens que leur imagination et leur réalité...  Le résultat: une projection en direct sur plusieurs écrans dans le monde, une projection web et un grand acte de sensibilisation. 

17 mai 2007

L'homme occidental (et surtout la femme), selon Éric Zemmour

medium_zemmour-07.jpgRichard Martineau aime bien gratter le "bobo" de l'homme contemporain.  Est-il castré, perd-il sa virilité? Et si oui, pourquoi, comment et à cause de qui?  Le columniste a donc trouvé à qui parler en la personne d'Éric Zemmour, reporter au Figaro et lui aussi obsédé de la question de la virilité perdue (?) et (donc?) de la détresse sexuelle de l'homme occidental contemporain (que Zemmour dit voir dans la grande popularité de la pornographie). 

D'abord, ce discours donne déjà à penser que l'homo occidentalis est une espèce disparue, supplantée dans l'évolution de l'humanité par la feminis modernis et l'homosexualis occidentalis...... 

J'ai souvent vu Éric Zemmour en entrevue.  On semble donner beaucoup de crédit à cet homme qui fait des liens soit-disant logiques entre des idées qui relèvent davantage de ses opinions personnelles et de sa propre socialisation. Tout y passe: le féminisme, le rôle du père en tant que figure d'autorité (évacué depuis qu'on lui demande de collaborer avec la mère... hein??), le modèle de valeurs féminines de la société contemporaine (jusqu'à considérer que les femmes verraient les métrosexuels comme une compétition), la dualité maman-putain dans le schème du désir des hommes (en leur interdisant de courir les jupons, on donne à l'homme un modèle de la femme qu'il ne peut plus détacher de la mère sacralisée)...  Jusqu'à l'intégrisme musulman qui est, selon lui, la réponse intégriste à la société féminine/iste occidentale.   Heu.....À date, tous les intégrismes religieux monothésites ont eu pour effet (sinon pour but) de ne donner à la femme qu'un rôle de subaltèrne...  La nature est-elle ainsi faite?  Le sens de l'Univers requiert-il cet état de chose?? 

Chaque fois je ressors de ces entrevues avec le sentiment étrange d'être fraîchement tombée de la Lune...  Est-ce moi qui ne voit pas ou lui qui hallucine?  Il semble à chaque seconde mettre le doigt sur une question pertinente puis il me glisse entre les pattes avec une argumentation qui me laisse sans voix tant elle semble ne pas tenir la route. 

Je crois qu'il ne voit pas les même femmes ni les mêmes hommes que moi. 

 

23 octobre 2006

Chronique Ciné

Deux bons films à mon palmarès ce weekend.  Je me félicite de ne pas être allée user ma patience (qui est déjà passablement à boutte) sur Cheech et Marie-Antoinette, alors je vous entretiendrai de Fauteuil d’orchestre (Thompson) et de The departed (Scorcese). 

medium_fauteuil25tj.jpgLe premier parle d’une chorale de personnages dont la vie culminera au même moment, au même endroit : une nuit d’automne, avenue Montaigne.  Un pianiste de concert pris au piège dans son smoking, une actrice qui devine que son talent dépasse les textes de Feydeau, un collectionneur qui vend les œuvres qu’il a mis toute sa vie à assembler…  Tous reliés par une petite bonne étoile, serveuse du coin, qui comprend tout même si elle croit ne rien comprendre…  Le film n’est pas parfait, mais le message essentiel est bien rendu : le culot garantit une belle vie. 

 

medium_departed.jpgLe second film joue dans un tout autre registre : thriller policier-mafieux, on n’est vraiment pas dans la leçon de bonheur.  Deux jeunes agents de police de Boston proviennent du milieu de la mafia irlandaise de la ville.  L’un d’eux (Matt Damon, correct dans la plastique double face) est la taupe du parrain (Jack Nicholson, wow), l’autre (Leo DiCaprio, très juste de tension et de torsion intérieures) veut s’extirper de ce milieu.  L’action est bien menée, pas de leçon kitsch sur la rédemption, la tension monte en crescendo. Dans le genre, à ne pas rater, svp.

 

 

13 juillet 2006

Dieudonné, les médias et le racisme hypocrite

medium_yeah_dieudonne.pngJ'aime bien Dieudonné.  Juste de dire ça, j'ai le B'nai Brith à mes trousses, je le sens.  Je parle de Dieudonné parce que j'ai vu hier l'émission spéciale enregistrée au festival Juste pour Rire 2005, où Stephan Bureau l'interviewait, manière "Actor's studio". 

J'aime l'humour politique, l'humour noir, intelligent, cynique, celui qui frappe au bon endroit, même s'il faut écorcher les bonnes consciences.  Et puis, on est devenus "politiquement corrects" et auto-censurés au point que tout semble être une provocation... Dieudonné le sait, les Zapartistes le savent, Yvon Deschamps le sait, Coluche devait le savoir. Et quiconque aime un peu le débat le sait aussi: Si tout le monde a le droit de penser ce qu'il veut, alors les opinions de se discutent pas. Pour beaucoup de gens qui, malheureusement, n'ont pas pris le temps de bien réfléchir et construire leurs arguments, cela veut surtout dire "pas de débat."  Et quand on se met à rire du pouvoir, c'est pire, parce que le pouvoir n'a pas d'autre argument que lui-même. Donc, il est clair qu'il n'y a pas de débat, ou si peu...

Tout humoriste qui fait dans ce genre sait qu'il peut être victime d'excès de moralisme. Il devrait aussi savoir qu'il n'est pas à l'abri d'une blague de son cru qui serait un peu trop poussée...  Dieudonné l'a appris à ses dépends avec un sketch sur un colon israélien.  Pour lui, c'est une question de pouvoir.  Pouvoir de l'État d'Israël dont on a pas le droit de se moquer, alors qu'on sait bien toutes les farces horribles faites sur les Arabes et les Noirs.  J'aime bien, à ce propos, le concept de "pornographie mémorielle". Terme controversé, qu'il a utilisé pour qualifier le capital de sympathie que la communauté juive s'est construite après l'Holocauste et qui est aujourd'hui utilisé en tant que bouclier politique...  Le devoir de mémoire qui rend coupable de se moquer.  

Est-ce qu'un jour on pourra arrêter de parler en terme de "victimes" et "d'excuses"?  Est-ce qu'on pourra juste rire de nous-même un peu, et construire quelque chose de mieux?  C'est peut-être ça au fond, l'humour de Dieudonné. 

 

10 juillet 2006

Magie Rom

medium_bregov.jpgUnderground, Le temps des Gitans, Arizona Dream, La reine Margot.  Tous d'excellents films qui ont en commun Goran Bregovic, compositeur de leurs trames sonores.  Hier en cadeau de clôture, au Festival de Jazz, l'ex-Yougoslave (il est Serbo-Croate... Comment on appelle-ça, un mec dont le pays n'existe plus?) a enterré les festivités et s'est marié avec la foule.

L'orchestre des mariages et des enterrements, l'ensemble de Bregovic, a offert un moment magique de musique Rom.  Un peu slave, un peu arabe, un peu klezmer, un peu gitane...  Des coeurs masculins mêlés aux voix polyphoniques de trois chanteuses, un ensemble symphonique joint à une fanfare de cuivres éclatés.  La richesse de cette musique  émeut: triste, elle fait pleurer; joyeuse, elle fait danser. 

On peut vivre toutes les émotions à la fois, en harmonie. Toujours l'âme est transportée...

06 juillet 2006

Le son du silence

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Un rendez-vous où on se trompe de soir, toute seule en ville, il pleut.  Mais il reste le jazz…

 

Paul Simon a dit que la musique est le son du silence.  Le festival de Jazz lui a rendu hommage ce mardi lors d’une soirée magique. Elvis Costello, Holly Cole, Zachary Richard, Jonas, Michel Rivard, Ariane Moffat, Colin James et beaucoup d’autres sont venus.

Cherchez-moi!  Je suis quelque part en bas à droite… 

09 juin 2006

Solution Zaps!

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En fan finie des Zapartistes que je suis, je ne pouvais pas rater les supplémentaires du dernier cabaret « Les invasions lucides » qui s’en prend au Manifeste des lucides, dont on a abondamment parlé au Québec en 2005-2006. Leur cabaret le plus virulent à date, selon moi : Lucien Bouchard en curé néo-libéral, Marie-France Bazzo en Impératrice Présente, Stephen Harper en bonhomme Playmobil, Michaëlle Jean avec une redingote « Canada », un humoriste ultra vulgaire qui invoque la Constitution pour rire de tout et qui se fait abattre, un YO qui nous explique l’assiette fiscale des entreprises et qui, en un rien de temps, se transforme en gestionnaire « Men in Black »…

Ainsi, contre la culture de la peur de la mondialisation, de la solution de la privatisation et de l’hégémonie idéologique néo-libérale, les Zapartistes proposent le rire à belle dents, le délire rêveur avec ses solutions évidentes, le tir à vue sur tout ce qui semble représenter la culture du consensus, et surtout une idée de la mobilisation accessible : celle qui redonnerait au citoyen l’envie de se responsabiliser et de simplement lire le journal... Mais je sais… Le monde n’est pas partout tissé de cette fibre… Suffit de traverser le pont vers les banlieues pour s’en convaincre. Mais dites-vous qu’il y a de l’espoir : François Parenteau a attrapé un écureuil, « un rat avec un bac en marketing »…

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