23 février 2009

Encore un devoir de mémoire…et un Oscar

ReaderG.jpgJ’ai vu tout récemment le film The Reader pour lequel Kate Winslet avait déjà remporté un Golden Globe.  C’est à elle, pour ce film, qu’a été remis l’Oscar de la meilleure actrice.  Un excellent choix, pour un film brillant dans lequel Winslet se surpasse en interprétant une femme froide, ultra-rationnelle, pétrie de culpabilité. Je ne vous dis pas pourquoi, au cas où vous n’ayez pas vu ce film, mais si comprendre une telle femme est ardu, entrer dans sa peau pour l’interpréter avec crédibilité relève du grand art. Chouette façon aussi, de présenter les Oscars des meilleurs acteurs, en faisant présenter les nominés par des lauréats passés.  Voilà pour la cérémonie.

Il y a une drôle de synchronicité dans mes expériences cinéma dernièrement…  J’ai beau être fascinée par l’histoire, il est rare de rencontrer plusieurs films aussi pertinents sur le "devoir de mémoire". The Reader parle non seulement de l’attachement profond qu’on peut ressentir pour quelqu’un, au-delà de soi-même, mais surtout du traumatisme national que représente, pour les Allemands, la sensation de « culpabilité » par rapport au 3e Reich.  Quand la génération qui n’a pas connu la guerre réalise de quoi est responsable celle qui la précéde, elle se trouve déchirée entre un sentiment d’incrédulité et de responsabilité. Que faire de cet héritage?  Comment croire que des gens raisonnables, des gens que nous connaissons, que nous aimons, ont pu fermer les yeux? 

D’excellentes questions se posent dans ce film. Cependant, elles sont posées par ceux qui n’ont pas vécu le nazisme, son état policier, son climat de peur, de dénonciation, de méfiance constante et son intention de lutter contre un chaos personnifié –progressivement sur 10 ans!- par l’immigrant, l’homosexuel, le Tzigane, le Slave, le Juif, mais qui prend réellement sa source dans la crise économique et dans le vide social de l’après 14-18.  Le régime fondé par les Nazis instaure une idéologie qui garantit l’ordre. On s’assure bien, aux bureaux de Goebbels et Himmler, que tous comprenne en filigrane que déroger aux ordres équivaut à faire chuter la nouvelle Allemagne et donc, être traître à la nation… Un ordre est un ordre, une garde est une garde et pour elle comme pour des milliers d’autres fonctionnaires, un Juif, ce n’est rien du tout. La « dissociation » nazie entre qui est humain et qui ne l’est pas –et l’indifférence qui va avec- est très bien rendue par ce récit. Tout comme l’éternel débat en droit sur les nuances entre ce qui est juste, moral ou légal… (excellent Bruno Ganz en prof de droit. Son interprétation de Hitler dans La Chute est d'ailleurs une pièce d'anthologie...)

On oublie souvent aussi qu’en découvrant la vérité des camps (qui était rumeur et brouillard pendant la guerre, niée par le régime, passée sous silence par l’Église catholique, ignorée avant 44 par les Alliés presqu’aussi antisémites..), l’Occident à octroyé spontanément au peuple Juif un capital de sympathie à l’égal du drame vécu. Ce capital de sympathie teinte, depuis 50 ans, une filmographie et une littérature qui « gratte le bobo » au lieu de tenter de le guérir… Alors que les Allemands tentent depuis tout ce temps de vivre avec sans en faire un cancer, The Reader parle aussi d’une certaine rédemption et surtout d’une compassion essentielle à l’évolution.

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