« 2008-04-25 | Page d'accueil

01 mai 2008

Un épisode d'anarchie

2008 - 40 = 1968

L'année des deux printemps, Prague et Paris.   Je ne sais pas pour les Tchèques, mais les Français soulignent les 40 ans de l'un des événements les plus mythiques de leur histoire récente.  Un mois, Mai 68, où les étudiants ont explosé dans Paris.

Remise en contexte: dur dur d'être jeune dans les années 1960 en France. Défaite algérienne, reconstruction lente après la guerre et surtout, rigidité politique et fixité des normes sociales.  Devant ce conservatisme morose, les étudiants défient l'autorité.

"Interdit d'interdire", "Soyez réalistes, demandez l'impossible",  "J'emmerde la société et elle me le rend bien"...  Si les slogans sont d'un humour crâneur, les actes, eux, donnent toute la mesure de l'écoeurite aigüe des jeunes étudiants: pavés démantelés et lancés aux policiers, arbres arrachés, cocktails molotovs.  Mais au positif, l'abcès se crève. On remet en question pratiquement toutes les valeurs, pratiques, moeurs. Tant politiques que privées...  Aucun parti n'est épargné. Tout ce qui participe au système est ébranlé, peu importe où il se situe sur l'échiquier politique.  C'est pourquoi on parle souvent d'anarchie, parce qu'aucun parti ne s'en tire aux yeux des manifestants.  Après environ un mois, la situation ressemble presque à une guerre civile. De Gaulle dissout l'Assemblée Nationale pour mieux reprendre le pouvoir ensuite, mais la marche est franchie.  Comme dans beaucoup d'autres pays occidentaux, les programmes sociaux se développent et on amorce un virage à gauche.

Mais aujourd'hui, quel héritage?  Sarkozy s'est fait élire sur le sarcasme envers cette génération aujourd'hui embourgeoisée, gauche de salon.  Et la droite remonte, encore une fois, partout en Occident.  Daniel Cohn-Bendit, un des leaders de cette époque et aujourd'hui député européen, en dit que la droite cherche aujourd'hui à faire peur, comme la gauche de l'époque lui a fait peur.  Mais voilà ce qui arrive aux événements récupérés.  Isolés de leur contexte, ils servent l'idéologie en vogue une fois que leur vérité temporelle est oubliée.. Plus prsonne pour dire "non, ce n'était pas ça!"  Sauf Cohn-Bendit, mais est-il crédible?

Il restera de Mai 68 le rêve romantique de tout faire péter. Et le mouvement de questionnement, de réforme, de progrès.  Tout part toujours d'un rêve. Toujours. Même enragé. Sous les pavés, la plage...

Chaque génération sa révolte...  Pour la X, ce sera de ne pas se révolter...