22 avril 2010

40e Jour de la Terre

photo.jpgIl y a 40 ans aujourd'hui que nous soulignons le jour de le Terre.  40 ans que nous avançons à petits pas vers un meilleur équilibre dans notre relation avec cette planète.

Que certains croient ou non -comme s'il s'agissait d'une religion- aux fondements scientifiques du réchauffement climatique, il nous faut bien admettre collectivement qu'il s'agit pas que de cela.  Trop d'êtres humains pour les capacités agricoles actuelles, trop de surconsommation et de gaspillage de ressources pas de conscience. Le fait de réduire notre consommation d'énergie et de ressources est bénéfique à l'envrionnement, à notre vie quotidienne, à la facture personnelle et collective à long terme.

J'entends depuis quelques années des nouvelles de masses de déchets flottant sur les océans. D'abord identifiées dans le Pacifique, il y aurait aujourd'hui au moins une masse de déchets dans chaque océan.  Faisant plusieurs kilomètres de surface et faisant parois jusqu'à 50km de profondeur.  David de Rothschild a bâti, pour aller documenter encore davantage ce phénomène, un radeau fait de matériaux recylcés ou recyclables, le Plastiki (voir plastiki.com).  Ce faisant, il veut surtout sensibiliser chacun à faire toujours plus pour éviter de gaspiller les ressources et diminuer notre impact sur notre enviornnement.

Les voitures hybrides, bacs verts ou sacs bleus sont bien jolis pour nous donner bonne conscience.  Mais notre effort ne vaut rien si nous ne demandons pas que les usines de transformations soient maintenues, si nous ne demandons pas des normes plus claires sur les produits soi-disant biologiques ou écologiques, si nous ne continuons pas d'encourager les innovations technologiques qui permettent de réduire notre consommation énergétique.

Il y a toujours un geste à poser. Il faut se regarder aller.

26 novembre 2009

Un Net prop’, prop’, propre!

Il est à propos et approprié ces derniers temps de se pencher sur la question de la « political correctness » sur le web, particulièrement celle des individus, et plus ils sont des figures publiques, plus ils méritent de se poser la question, pour le meilleur et pour le pire.

Le web qui lave plus blanc est en effet au goût du jour, et certains y gagnent plus que d’autres. Dans l’actualité canadienne ces jours-ci, la conjointe de Stéphane Dion, ex-chef du parti Libéral du Canada, aurait gagné à se souvenir que, s’il est vrai que les murs ont des oreilles et qu’il ne faut se fier à personne, c’est encore plus vrai sur le web 2.0, où le partage d’information et la porosité des communications peuvent couler rapidement quiconque dit le vrai fond de sa pensée…

Il est quand même cynique qu’il faille à ce point s’auto-censurer, mesurer ses paroles et assumer chaque ligne dans un univers qui, à ses débuts il y a environ 15 ans, était le royaume des doubles identités, des masques qu’on mettait pour être quelqu’un d’autre et exprimer nos parts d’ombres…

Les « nettoyeurs du net », comme on les nomme dans ce texte du journal Le Monde, sont payés pour retrouver les traces de votre vie virtuelle pas si nette. À l’aide de leur armada de sites soi-disant indépendants, vous aurez un référencement Google immaculé! En effet, qui s’occupe d’aller lire les résultats au delà de la 5e page…?

Protéger sa vie privée est une chose, faire cacher des faits incriminants au nom de la propreté d’une réputation, c’est ouvrir une porte sans doute difficile à refermer, à l’époque ou chacun peut se considérer journaliste ou enquêteur amateur, mais où de moins en moins de gens savent critiquer les sources.

Vos états d’âme, candides et honnêtes pourraient vous bondir au visage, les photos dont vous n’êtes déjà pas fiers peuvent se retrouver sur tous les écrans. En France, une dame a fait appel à ce type de service quand son fils a découvert un film porno d’elle datant des années 1980! Je ne vous parle pas non plus des artistes qui mettent leurs productions vidéos sur YouTube et qui retrouvent ensuite leurs créations repiquées ailleurs...

Il y a beaucoup de choses à dire sur ce phénomène et je sens que j’y reviendrai. Atteinte à la vie privée, vol, censure abusive et règne absolutiste de la rectitude politique, fausse transparence de la maison de verre qu’est le web. Et ce que je trouve le plus insidieux : le contrôle de soi par les autres, au moment où l’image est tout ce par quoi on est jugé.

04 septembre 2009

De la digestion médiatique

Pas écrit en environ 6 mois...  Il me semble que rien ne méritait particulièrement que j'encombre les ondes virtuelles encore davantage.  Tellement de gens commentent, écrivent, twittent...  Comment croire qu'on a vraiment quelque chose de pertinent à exprimer dans la durée, quand on vit dans ce monde où même le silence virtuel est encombré d'un bourdonnement sourd? (NDLR: quand j'étais jeune, un twit, c'était un nerd, un geek, quelqu'un dont l'opinion, s'il en avait une, comptait peu en fait... Je dis ça comme ça.)

Mais quelquefois, on a l'occasion de se poser une vraie question sur ces médias, sur la rapidité avec laquelle on digère -ou pas- les événements de l'histoire récente et sur le bourdonnement sourd dont je parlais qui encombre souvent les zones de commentaires virtuels d'un grand n'importe quoi collectif... Comme dans cette pub du World Wildlife Fund où, pour nous enjoindre à respecter la nature, on compare la force du tsunami et ses milliers de victimes aux attentats du 11 septembre 2001. Bien humblement, je vois plusieurs problèmes avec ce clip...

Premièrement, la comparaison est absurde. On m'a toujours dit de ne pas comparer des pommes avec des oranges. Ici, on nous demande de mettre en face-à-face un cataclysme naturel et un acte de terrorisme, chose on ne peut plus humaine. D'ailleurs, il n'est pas vraiment possible de comparer les souffrances... Quand on souffre, on ne veut pas savoir si c'est plus ou moins que le voisin. Vouloir évaluer les échelles de souffrances, c'est tout simplement manquer de compassion. Check.

Il est néanmoins tout à fait compréhensible de vouloir relativiser l'impact humain du 11 septembre et ses conséquences (guerre en Afghanistan dont on ne revient pas, surmédiatisation, etc...) par des événements, humains ou non, qui ont fait, dans une indifférence relative, beaucoup plus de victimes. Mais quel est le lien avec la préservation de la nature (à part, bien sûr, celui qui est créé pour l'occasion et qui compare des pommes avec des oranges)? D'autre part, il me semble que cela démontre une relation malsaine avec des événements difficiles qui, quand on ne les a pas vécus soi-même, sont vite digérés-éliminés-récupérés. Check.

On pourrait dire que l'impact du tsunami dont il est question a été amplifié par les désordres climatiques et la présence humaine sur les rivages, appuyant ainsi l' "argument" du WWF. Mais la nature n'a pas attendu l'impact humain pour nous démontrer toute sa puissance. Check.

Je ne comprends pas que, parmi l'équipe créative du présent message, personne n'ait levé sa main pour soulever non-seulement ces failles de raisonnement, mais surtout le simple fait que d'utiliser un événement aussi traumatisant que le 9-11 pourrait noyer le message que l'on veut véhiculer et faire passer l'émetteur pour un extrémiste granole sans le moindre sens de la mesure ou de l'intelligence dans le propos. On veut juste frapper, finalement. Créer une image forte en se disant "qu'ils en parlent en bien ou en mal, mais qu'ils en parlent."  J'ai toujours pensé que cette façon d'aborder une action de communication n'avait pour seule conséquence que de diluer le propos et permettre une variété de réactions qui au fond, nous laissent avec peu de matière sur lequel fonder une action ultérieure. Et dans le cas qui nous intéresse, it figures. Check.

Finalement, j'en conclue que le WWF, qui semblait pourtant une organisation aux actions intelligentes et sensibles, prend un virage qui discrédite son action, son "fonds de commerce" (la protection de l'environnement et le respect de la nature) et qui laisse comme seule impression durable qu'elle choisit mal ses conseillers en communications.

Le film An inconvenient truth, qui a l'intelligence d'avoir un propos clair avec un traitement puissant -la destruction de l'environnement à travers une durée longue, inexorable, aux milles enjeux socio-politiques et qui dépasse une seule vie humaine- est éminemment plus efficace pour créer l'angoisse d'être "au pied du mur" qui elle, catalyse la volonté d'agir...

 

17 mars 2009

L'amortalité...

L'amortalité. Nouveau concept à la mode, selon le Times.  Voir Cyberpresse.  S'appuie sur l'idée qu'une certaine tranche de la population vivrait en faisant fi de leur âge, cherchant à suivre le même rythme de vie qu'à 30 ans, même s'ils en ont 50.  Car on s'entend, on parle d'une tranche de population qui ressemble aux boomers. Quand on a 20 ou 30 ans, normalement, on ne cherche pas à vivre comme si on avait cet âge, on vit sa vie, point. Et puis c'est tout nouveau, ça, dans l'histoire de l'humanité, ne pas accepter de vieillir... Jusque dans le mot, qui lui-même n'accepte pas de ressembler à tous ces autres rêves de jeunesse éternelle.

Tendance passagère ou révolution de société, demande-t-on.  Crise de jouvence de vieux-boomers-finis-qui-en-veulent-encore, à mon avis.

A-mortalité: ne pas être mortel.  Être des Dieux, finalement, mais pas pour l'élévation spirituelle. Juste pour pouvoir jouir de son corps plus longtemps.

10 mars 2009

Je ne comprends pas...

...et manifestement, je ne suis pas la seule.  Comment peut-on à ce point manquer de jugement??

Au Brésil, une petite fille de 9 ans se fait violer par son beau-père. Sa mère fait interrompre la grossesse.  Elle et l'équipe médicale son excommuniés par l'Église catholique.  Dans un pays qui n'a pas rejeté l'Église avec le même fiel que nous, le clergé catholique -endossé par le Vatican- ne condamne pas aussi sévèrement le beau-père.  Le viol n'est pas aussi grave que l'avortement. Non mais, je rêve ou quoi??  Ces mêmes Vieux Criss (scusez..) s'inquiètent de la baisse de la fréquentation des Églises et s'asseoient encore plus lourdement qu'avant sur des principes d'un autre âge, n'ayant que peu à voir avec les valeurs d'amour, d'intelligence et de compassion qu'ils croient représenter.

Je n'en reviens vraiment, tout simplement, pas...

Tout ça le même jour où, encore sur la sellette, la droite religieuse mord enfin la poussière aux USA alors qu'Obama annule la loi passée par Bush Jr. qui interdisait le financement de la recherche sur les cellules souches.  Oui, c'est un sujet délicat.  Je n'oublie jamais qu'en critiquant les tartuffes de la droite religieuse, je risque de piétiner les valeurs de ceux qui y projettent sincèrement leur spiritualité.  Même, je considère aussi tordu le risque de cultiver le vivant pour des raisons médicales, en en extrayant son "Sacré" (peu importe la confession choisie). Les travaux récents démontrent que l'utilisation des placentas ou les dons de moëlle osseuse peuvent offrir de précieuses avenues de recherche...  Mais ce ne serait pas la première fois que la science et la religion s'entrechoquent et se font évoluer mutuellement, en parallèle!

Ceci dit, quand il est question des petites filles-mères, on est loin d'avoir trouvé l'équilibre...

23 février 2009

Encore un devoir de mémoire…et un Oscar

ReaderG.jpgJ’ai vu tout récemment le film The Reader pour lequel Kate Winslet avait déjà remporté un Golden Globe.  C’est à elle, pour ce film, qu’a été remis l’Oscar de la meilleure actrice.  Un excellent choix, pour un film brillant dans lequel Winslet se surpasse en interprétant une femme froide, ultra-rationnelle, pétrie de culpabilité. Je ne vous dis pas pourquoi, au cas où vous n’ayez pas vu ce film, mais si comprendre une telle femme est ardu, entrer dans sa peau pour l’interpréter avec crédibilité relève du grand art. Chouette façon aussi, de présenter les Oscars des meilleurs acteurs, en faisant présenter les nominés par des lauréats passés.  Voilà pour la cérémonie.

Il y a une drôle de synchronicité dans mes expériences cinéma dernièrement…  J’ai beau être fascinée par l’histoire, il est rare de rencontrer plusieurs films aussi pertinents sur le "devoir de mémoire". The Reader parle non seulement de l’attachement profond qu’on peut ressentir pour quelqu’un, au-delà de soi-même, mais surtout du traumatisme national que représente, pour les Allemands, la sensation de « culpabilité » par rapport au 3e Reich.  Quand la génération qui n’a pas connu la guerre réalise de quoi est responsable celle qui la précéde, elle se trouve déchirée entre un sentiment d’incrédulité et de responsabilité. Que faire de cet héritage?  Comment croire que des gens raisonnables, des gens que nous connaissons, que nous aimons, ont pu fermer les yeux? 

D’excellentes questions se posent dans ce film. Cependant, elles sont posées par ceux qui n’ont pas vécu le nazisme, son état policier, son climat de peur, de dénonciation, de méfiance constante et son intention de lutter contre un chaos personnifié –progressivement sur 10 ans!- par l’immigrant, l’homosexuel, le Tzigane, le Slave, le Juif, mais qui prend réellement sa source dans la crise économique et dans le vide social de l’après 14-18.  Le régime fondé par les Nazis instaure une idéologie qui garantit l’ordre. On s’assure bien, aux bureaux de Goebbels et Himmler, que tous comprenne en filigrane que déroger aux ordres équivaut à faire chuter la nouvelle Allemagne et donc, être traître à la nation… Un ordre est un ordre, une garde est une garde et pour elle comme pour des milliers d’autres fonctionnaires, un Juif, ce n’est rien du tout. La « dissociation » nazie entre qui est humain et qui ne l’est pas –et l’indifférence qui va avec- est très bien rendue par ce récit. Tout comme l’éternel débat en droit sur les nuances entre ce qui est juste, moral ou légal… (excellent Bruno Ganz en prof de droit. Son interprétation de Hitler dans La Chute est d'ailleurs une pièce d'anthologie...)

On oublie souvent aussi qu’en découvrant la vérité des camps (qui était rumeur et brouillard pendant la guerre, niée par le régime, passée sous silence par l’Église catholique, ignorée avant 44 par les Alliés presqu’aussi antisémites..), l’Occident à octroyé spontanément au peuple Juif un capital de sympathie à l’égal du drame vécu. Ce capital de sympathie teinte, depuis 50 ans, une filmographie et une littérature qui « gratte le bobo » au lieu de tenter de le guérir… Alors que les Allemands tentent depuis tout ce temps de vivre avec sans en faire un cancer, The Reader parle aussi d’une certaine rédemption et surtout d’une compassion essentielle à l’évolution.

09 février 2009

Devoir de mémoire II: Polytechnique

_resize_picture.jpg6 décembre 1989.  Vers 17h30, 18h.  J’ai presque 13 ans, première secondaire. De retour de l’école, devoirs terminés, j’allume la télé.  Bulletin spécial. Tuerie à Poly.  Images d’ambulanciers sur le rush, étudiants paniqués comme des bêtes traquées… Réactions erratiques, on ne sait pas. Quelqu’un tire sur les filles… Puis toute la planète Québec est sous le choc : 14 filles tuées, parce qu’elles voulaient être ingénieurs. Parce que, selon celui qui a tiré, c’étaient des maudites féministes.

****

Difficile de parler du film de Denis Villeneuve sans déraper vers l’événement lui-même.  Le premier vrai long métrage réalisé sur ce sujet difficile a le tout premier mérite de briser la glace, justement. Les réactions publiques suscitées par le film en sont la preuve.  Chacun revit l’événement, retrace l’onde de choc. C’est un peu notre 11 septembre à nous.

J’ai entendu des critiques dire que le film était froid, clinique, « langue de bois », apolitique. Que LE film sur Poly était encore à faire.  Je me demande bien comment on aurait pu rendre ce film « politique » sans lui enlever du coup toute sa sensibilité. On a pas besoin de plus de « chaleur », ou de plus de couleur. L’action du film nous bouleverse suffisamment. Dès le départ, on nous plonge dans l’eau froide : voici le bruit des balles, voici le grain de l’image, voici l’économie de mots.  Traitement choc qui m'a clouée, le coeur en chamade, jusqu'au bout. Le fait de vivre un événement pareil doit avoir un effet anesthésiant. Ça « gèle », expliquant sans doute l’apparent détachement des personnages, tout à fait approprié selon moi.  La survivante épuisée mais forte, le jeune homme incapable de soutenir son sentiment de culpabilité. Je ne peux m’empêcher de songer qu’en traitant le film de froid et d’incomplet, certains manquent autant de compassion aujourd’hui qu’il y a vingt ans, alors que d’aucuns jugeaient égoïstes, et presque complices, les collègues masculins des filles abattues dans leur salle de cours.

Sur un plan strictement cinématographique, la photo de Pierre Gill est d’une maîtrise achevée. Le noir et blanc s’impose comme le seul choix possible. La qualité de contrastes et de nuances inhérente au noir et blanc finit par transmettre une ambiance « psychique » mieux que n’importe quelle palette de couleurs : le sang est plus noir, les flocons sont plus blancs, les regards sont plus profonds (celui de Karine Vanasse, surtout, habituellement d'une douceur noisette, est ici profondément noir).  Le talent de Villeneuve pour l’évocation métaphorique se raffine au fil des films et il m’a semblé y voir des plans dignes de Brault ou Jutras (rivière aux plaques de glace et corridor à l’envers), sans parler de la sobriété générale du jeu des acteurs, du scénario et du montage qui met en lumière le choc des actes.  Bravo à Benoît Charest pour la musique qui soutient sans mettre le doigt sur le bobo (crédit pour tout le film, sauf pour la bande annonce, qui est accompagnée par Ever Loving, de Moby). Dans la reconstitution, l’effet est saisissant : l’ambiance d’un lieu bourré d’étudiants (Poly est effectivement un lieu où on voit, toujours et n’importe où, un étudiant plongé dans ses notes) les vêtements des filles dont je me suis immédiatement souvenue (comme nous n’étions pas « sexualisées »! Jeans taille ultra haute, bottines, chandails trop grands… était-ce plus menaçant?). J'aurais moins cru au film si ce détail n'avait pas été scrupuleusement respecté.

J’ai été heureuse de constater la jeunesse des spectateurs qui assistaient à la projection. Certains d’entre eux n’étaient sans doute pas nés lors des événements et leur réaction « d’assommement » à la fin du film me porte à croire qu’il ne s’agit pas pour eux d’un autre film violent comme nous en visionnons tant…  Le devoir de mémoire semble fonctionner ici. J’aimerais bien que les gens de la plus jeune génération se mêle à la discussion collective et la « politise » un peu. C’est sans doute l’intention d’un film aussi personnel. Donner à chacun le pouvoir de se l’approprier pour livrer sa propre réflexion.

06 février 2009

À propos du devoir de mémoire...

_resize_picture.jpgIl y a de ces films qui nous apportent beaucoup plus qu’un moment de détente. Ils nous amènent sur des tas d’autres terrains et nous font soulever d’autres questions. Valse avec Bachir est l’un de ceux-là.  Le film d’animation d’Ari Folman traite de la perte de la mémoire.  De l’occultation des actes que notre psyché est incapable d’assimiler. Sorry, no compute.

Oui, je sais, c’est, au premier niveau de lecture, un film sur l’implication de l’armée israélienne lors des massacres de Sabra et Chatila, deux camps de réfugiés en bordure de Beyrouth. Voir guerre du Liban, 16 et 17 septembre 1982.  Si des centaines de civils sont morts aux mains des Phalangistes de Bachir Gemayel (en réprimande à un attentat ayant tué Gemayel), l’armée israélienne de l’époque et le ministre de la défense –Ariel Sharon- ont dû assumer une responsabilité dans l’épisode en raison de leur inaction. Voilà, trop rapidement, pour les "faits"…

Les films sur la mémoire sont souvent réalisés avec la guerre en trame de fond. Je pense surtout à Hiroshima mon amour, un autre métrage fascinant sur le traitement que la mémoire acorde à la souffrance pour trouver sa résilience: l’oubli.  Le personnage principal de Valse avec Bachir, d’abord stimulé par le rêve récurrent d’un ami, devient vite obsédé par la reconstruction de souvenirs qui n’étaient pas remontés à sa mémoire depuis 20 ans. Où était-il? Qu’a-t-il fait? Pourquoi ce rêve limpide d’une baignade en mer au moment du drame? Souvenir réèl ou reconstruction psycho-symbolique?

C’est qu’en plus de plonger dans le monde fascinant de la mémoire et de l’oubli, où le personnage principal est un peu une métaphore du peuple israélien, le propos du film est d’analyser notre perception de la souffrance et notre capacité à y résister.  Comme le lui fait remarquer un ami psychologue, le personnage principal peine à ordonner ses souvenirs car, par rêve interposé, il associerait ses actes lors du massacre à ceux des bourreaux nazis ayant persécuté sa propre famille.  L’idée est insupportable, il l’occulte.

Les images finales du film –des séquences d’archives tournées aux lendemains des massacres: cadavres dans les rues, décombres, etc.- m’ont renvoyé une tout autre question. Si le devoir de mémoire est nécessaire et doit servir à notre évolution en tant que race humaine, doit-il absolument passer par la rediffusion en boucle d’images agressantes qui humilient et enragent tant les uns que les autres?  Qu’il s’agisse d’Israël en Palestine, des Nazis en Pologne, du Rwanda ou de la reconstitution de la Conquête sur les Plaine d’Abraham, n’est-ce pas se complaire dans nos blessures que de s’infliger des “devoirs de mémoire” qui nous remettent le nez dans la merde, plutôt que de nous permettre d’apprendre et d’avoir de plus en plus de recul?  Il m'a semblé que c'était l'objectif de Valse avec Bachir...

30 janvier 2009

Big Brother et la santé du monde

Comme il est ironique de constater que pendant qu'on nous exhorte à porter des casques à vélo, à boire beaucoup d'eau, à manger des légumes et à faire de l'exercice, notre gouvernement -fédéral- cachait depuis plus de 20 ans que l'eau du village de Shannon, près de Valcartier, était contaminée par des produits s'échappant de la base militaire voisine. Mais quand on se rend compte que des centaines de personnes ont développé, de manière anormale et à une vitesse exponentielle, divers types de cancer, on ne ressent plus de l'ironie, mais de la colère. Comme trahis et abusés par des organisations qui sont censées régir notre santé et qui ne se gènent pas pour nous dire quoi faire. Mais nous ne sommes manifestement pas assez en colère pour nous lever...

Non, ce n'est pas la faute de la gentille nutritionniste, mais même en ne voulant pas mettre tout dans le même panier, quelque chose de très dangereux est en train de se produire.  Un autre exemple de mensonge gouvernemental qui mine la relation déjà très affaiblie entre les citoyens et le gouvernement.  Et pourquoi?  Pour protéger l'armée?  Les militaires basés à Valcartier sont-ils malades eux aussi? J'ai bien hâte de voir ce reportage de l'émission l'Enquête, ce soir à la SRC.

N'oubliez pas que pendant ce temps, on veut vous interdire d'avoir des foyers au bois!  Pas limiter l'utilisation ou modifier les normes de fabrication!  Interdire!

23 janvier 2009

BMW: Bus - Metro - Walk

Michèle Ouimet est une montréalaise pas contente...  Comme beaucoup d'autres de ses congénères, elle vit dans une ville qui parfois, l'hiver, devient vraiment moche... De surcroit, c'est une ville un peu déprimée. Souvent très jolie, elle a des jours où tous ses boutons lui poussent dans le visage en même temps. L'hiver, c'est les jours où il fait -20 celsius, où les vieilles canalisations pètent, où il n'a pas neigé depuis longtemps et tout est gris, brun, plein de calcium.  Quand on arrive de vacances à Barcelone, comme c'est le cas pour notre madame Ouimet, il y a de quoi faire une dépression. Barcelona, Gaudi, la Rambla, le soleil même l'hiver, la mer...  Montréalais, Russes, Suédois, n'allez pas dans le sud l'hiver.  C'est comme l'air climatisé l'été, trop grand choc au retour.....  Mais je m'éloigne.  Comme beaucoup d'autres encore, madame Ouimet n'utilise pas la voiture pour ses déplacements quotidiens. Quand on vit en ville, une voiture, c'est plus souvent un fardeau. Le transport en commun est censé être si pratique! Mais voilà, notre madame Ouimet, déjà éprouvée par le choc thermique +20/-20, est oubliée par son autobus et arrive dans un métro rempli de congénère eux aussi souffrants de grisaille hivernale.

Pourquoi je vous raconte ça?  Parce que je remarque depuis quelque temps -et quelques années- une tranquille montée de l'insatisfaction des Montréalais à l'égard de leur transport en commun.  Vous le savez, le citoyen moyen trouvera toujours quelque chose à redire sur les services publics. Mais là, on arrive à un degré de justification qui mérite qu'on s'y attarde.

Depuis que je prends le métro (une quinzaine d'années et plus...), la fréquence des pannes et des bugs courants (portes bloquées, longs arrêts, etc) a explosé de manière exponentielle (c'est vous dire si la courbe est devenue une ligne verticale...). Si la plupart du temps, je peux être assurée d'arriver au travail à temps, même en temps de tempête, une panne de longueur variable est susceptible d'ariver à tout moment. Une panne devrait être un aléa exceptionnel pour un utilisateur. Pas une variable libre à laquelle il doit s'attendre. La vérité est que le métro de Montréal semble aussi vieux que des systèmes qui ont deux fois son âge. Les métros de New York et de Paris ont tapé le siècle depuis quelques temps déjà et sont plus fiables que le système montréalais. Sans parler du fait que leur efficacité -en terme de disponibilité de trajets et de fréquence des trains- ne peut être compétitionnée. Je suis, à ce titre, vraiment écoeurée de me faire répondre que Montréal n'a pas le bassin de population necéssaire pour un système de ce type. Cet argument est un non sens et je lui répond avec celui de la saucisse Hygrade...  Si le système donnait le goût qu'on s'en serve, on ne poserait pas la question. Pourquoi pensez vous que les nouveaux trajets de trains de banlieue sont pleins??  Parce que les gens sont prêts à l'utiliser!  Évidemment, si on assure pas un service minimal ensuite, il est normal que les usagers s'en aillent en trouvant que c'est de la merde... On ne demande pas le système de Paris, NY ou Berlin. On demande le service de Montréal, avec une efficacité normale.  Quant au sourire des préposés, son absence est la seule constante que j'observe. À leur décharge, j'admets que travailler dans un trou sous terre avec un uniforme des années 70 pour un système qui fait chiâler tout le monde, ça donne vraiment pas envie de sourire, même syndiqué...

Qui ne saisit pas qu'il s'agit d'une roue qui tourne?  Et pourtant, on semble vouloir investir...  Mais où va cet argent?  Dans les heures supplémentaires des ouvriers qui doivent travailler la nuit payés temps triple?? Pas surprenant qi'on avance pas...