01 mai 2008

Un épisode d'anarchie

2008 - 40 = 1968

L'année des deux printemps, Prague et Paris.   Je ne sais pas pour les Tchèques, mais les Français soulignent les 40 ans de l'un des événements les plus mythiques de leur histoire récente.  Un mois, Mai 68, où les étudiants ont explosé dans Paris.

Remise en contexte: dur dur d'être jeune dans les années 1960 en France. Défaite algérienne, reconstruction lente après la guerre et surtout, rigidité politique et fixité des normes sociales.  Devant ce conservatisme morose, les étudiants défient l'autorité.

"Interdit d'interdire", "Soyez réalistes, demandez l'impossible",  "J'emmerde la société et elle me le rend bien"...  Si les slogans sont d'un humour crâneur, les actes, eux, donnent toute la mesure de l'écoeurite aigüe des jeunes étudiants: pavés démantelés et lancés aux policiers, arbres arrachés, cocktails molotovs.  Mais au positif, l'abcès se crève. On remet en question pratiquement toutes les valeurs, pratiques, moeurs. Tant politiques que privées...  Aucun parti n'est épargné. Tout ce qui participe au système est ébranlé, peu importe où il se situe sur l'échiquier politique.  C'est pourquoi on parle souvent d'anarchie, parce qu'aucun parti ne s'en tire aux yeux des manifestants.  Après environ un mois, la situation ressemble presque à une guerre civile. De Gaulle dissout l'Assemblée Nationale pour mieux reprendre le pouvoir ensuite, mais la marche est franchie.  Comme dans beaucoup d'autres pays occidentaux, les programmes sociaux se développent et on amorce un virage à gauche.

Mais aujourd'hui, quel héritage?  Sarkozy s'est fait élire sur le sarcasme envers cette génération aujourd'hui embourgeoisée, gauche de salon.  Et la droite remonte, encore une fois, partout en Occident.  Daniel Cohn-Bendit, un des leaders de cette époque et aujourd'hui député européen, en dit que la droite cherche aujourd'hui à faire peur, comme la gauche de l'époque lui a fait peur.  Mais voilà ce qui arrive aux événements récupérés.  Isolés de leur contexte, ils servent l'idéologie en vogue une fois que leur vérité temporelle est oubliée.. Plus prsonne pour dire "non, ce n'était pas ça!"  Sauf Cohn-Bendit, mais est-il crédible?

Il restera de Mai 68 le rêve romantique de tout faire péter. Et le mouvement de questionnement, de réforme, de progrès.  Tout part toujours d'un rêve. Toujours. Même enragé. Sous les pavés, la plage...

Chaque génération sa révolte...  Pour la X, ce sera de ne pas se révolter...

25 avril 2008

Le jour de la Terre, en retard

Je manquais d'inspiration....  Et puis j'ai trouvé que la Chroniqueuse blonde décrivait exactement comment je pensais cette journée de la Terre.  Lisez, donc.

Je n'ajouterai simplement que la journée de la Terr, c'est comme la journée de la femme: tant qu'on sentira le besoin d'en faire une, c'est qu'il y aura encore combat à mener, et, conséquemment, qu'on aura rien compris...  

17 avril 2008

La nouvelle vague de documentaires

ae951e3c69cf4d57fd8770e489c3e93e.jpg Morgan Spurlock, celui qui nous avait donné "Supersize me", revient au cinéma avec "Where in the world is Osama Bin Laden", un autre film hybride entre le style documentaire et l'éditorial video...

Bon, on se doute bien qu'il ne trouvera pas le no.1 Wanted...  Mais l'intelligence de Spurlock est connue: un prétexte pour ouvrir le débat avec le monde arabe sur le choc des civilsations avec l'Occident et, pour le spectateur, un prétexte pour questionner ses propres perceptions de ce monde arabe, trop souvent découvert à travers la lorgnette guerrière des médias occidentaux.

Sortie prévue en mai.   Trailer ici: http://www.youtube.com/watch?v=cjxXX70_R0A 

Le double standard du commerce

Beaucoup de mes amis ne jurent que par le Crocs. Ces sandales de caoutchouc conçues à Denver au Colorado étaient entre autres produites ici, au Québec.  C'était facile de choisir les Made in Canada et d'encourager l'emploi local, l'économie locale, la distribution -écologique- sur courte distance... Et cette semaine, on annonce que la société-mère décide de fermer l'usine québécoise et d'envoyer la production dans des pays comme le Mexique, le Vietnam, la Roumanie...  Plus vraiment des pays en développement, mais on ne peut pas dire que les coûts de production soient aussi élevés.  Le ministre Bachand avoue son impuissance parle de "capitalisme sauvage". Effectivement. 

On répète depuis plusieurs années que les fleurons du commerce québécois et canadiens disparaissent, achetés, fusionnés et avalés par des conglomérats américains, chinois, japonais, européens...  Crocs, Alcan, Softimage, la Belgo.  Ensuite, on nous demande d'acheter local...chez Wal-Mart!

Là où le double standard me frappe, c'est dans le cas de l'intervention du gouvernement fédéral dans la non-vente de l'entreprise canadienne MDA à l'américaine Minnesota Alliant Techsystems. MDA conçoit entre autres le bras canadien et Radarsat, deux outils qui font la fierté de l'Agence spatiale canadienne.  Personnellement, je croyais déjà que ces outils étaient produits par des entreprises nationalisées, puisqu'elles sont financées en grande partie par les fonds publics...  Je dois dire avant tout que, pour une rare fois, j'appuie le gouvernement sur cette intervention.  (Soit dit en passant, surveillez bien le ministre Jim Prentice, probablement une des prochaines têtes dirigeantes du PC) En effet, il s'agit ici bien plus que de commerce de biens de consommation.  Radarsat est utilisé entre autres comme outil de surveillance de l'arctique canadien, un des chevaux de bataille du gouvernement Harper.  Et MAT fait dans les technologies de l'armement et des munitions! Comme dit une bonne amie: "Allez-vous prendre les clés du pays, avec ça?"  L'enjeu stratégique de la maîtrise de l'Arctique décide donc de l'importance économique d'une entreprise, d'où le double standard.  

Je sais que vous le saviez...  Je sais qu'on y peut pas grand chose et que dans ce cas-ci, on est plusieurs à être d'accord de toute façon.  Je crois simplement que de se rappeler des choses essentielles de la vie nous fait parfois envisager nos gestes autrement. 

Acheter local dans d'autres domaines que l'alimentation?  Oui.  Quand nous serons prêts à défendre les citoyens avec la même force qu'on défend notre territoire.

 

Feu à volonté

Ce soir, c'est fini. Les Bruins en vacances.  Qu'ils en profitent: il fait beau et chaud, et le printemps montréalais crie aussi fort que les fans du Canadien!

J'ai prédit Montréal en 5 match pour cette série.  C'est donc ce soir que je gagne mon pari!

Contre qui en 2e ronde?  Philadelphie?  Mmm, Brière est en feu, ça promet d'être violent... 

08 avril 2008

La flamme qui met le feu

Voici un sujet qui vaut la peine qu'on en parle...  Non pas que la crampe au cerveau des Conservateurs concernant la réouverture du dossier constitutionnel canadien n'en valait pas la peine, mais entre vous et moi, il était clair qu'on irait pas plus loin...pour le moment.

Mais le passage de la flamme olympique à Londres et à Paris, ne serait-ce que par la mobilisation qu'elle a suscité, m'a ému.  La réaction de Paris, surtout: ce contrôle policier, ces manifestants rudoyés, la flamme -un des derniers symboles sacrés des temps modernes- éteinte sans autre forme de procès par les autorités chinoises, transportée dans un autobus...

Comme à Berlin et Moscou par le passé, je ne suis pas certaine que le boycott des jeux soit utile: pourquoi la communauté internationale ferait-elle passer son message par les athlètes, jeunes amateurs d'élite, souvent ignorés par la masse.  Mais le fait qu'une partie de la population soit sensible au sort des dissidents chinois ou tibétains, et prenne la peine de sortir le crier, est admirable. C'est tout le pouvoir d'un symbole: être le véhicule de la joie mais aussi provoquer l'indignation quand ce symbole se trouve usurpé par qui bafoue les valeurs qu'il représente.

"Les valeurs olympiques se frottent aux heures sombres de l'histoire."  Dit Bernard Derome à la SRC.  Paul Ohl lui, déclare au Téléjournal que les événements de Paris sont une insulte aux valeurs de l'Olympisme.  Ridicule.  C'est le fait d'avoir octroyé les jeux à la Chine qui est odieux.  Ce fait a au moins le mérite de mettre en lumière la grande dichotomie de l'Olympisme moderne: la beauté de l'engagement, du dépassement et de l'effort dont font preuve les athlètes face aux gros sous des médias et des commanditaires rapaces-mais-mécènes. On disait depuis plusieurs années que le gigantisme olympique allait avoir raison de son idéal.  C'st au contraire le mauvais jugement de ses propres officiers qui l'auront le plus sali.

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19 février 2008

De la poésie de Richard D.

C'est pas moi qui le dit, c'est Foglia dans La Presse d'aujourd'hui...  Suite au top 50 des albums québécois paru dans le même journal la semaine dernière.

Dieu sait que j’ai écouté et réécouté Jaune, de Ferland, le disque qui arrive en tête de notre top 50. Dieu sait que j’ai aimé cette propre-rock planante que l’on faisait jouer tard la nuit quand on revenait accompagné du Prince-Arthur. Il est pourtant un fait patent et qui ne laisse pas le plus petit espace à la discussion : Jaune n’est pas du tout dans la même catégorie que Tu m’aimes-tu de Desjardins (...).

Par son inspiration, par ses trouvailles d’écriture,
Tu m’aimes-tude Richard Desjardins est de loin, très très loin, le meilleur disque québécois de l’histoire, et peut-être même le meilleur disque de chansons françaises à avoir jamais été écrit.

Mais non ce n’est pas mon opinion. Je me tue à vous dire que c’est un fait.

Ouf. Rien de moins.  Pas Félix, pas Vignault, pas Claude Léveillé...  Encore trop franco-international?  C'est vrai que si Richard Desjardins fait moins l'unanimité, sa poésie demeure totalement originale, enracinée dans le terroir d'Abitibi.  Perso, j'ai beau être une fan finie de Desjardins, j'ai toujours un problème avec les hiérarchies...

Il s'en passe des choses dans le monde...

Hé ben, c'est finalement arrivé...  Il le fallait bien, c'est la vie, la mort et l'ordre des choses: Fidel Castro se retire de son poste de Leader Maximo.  Qui prendra la relève?  Fort probablement son frère Raul, que certains considèrent pire que l'aîné, alors que d'autres croient son discours de réforme "libérale".  Reste qu'aux dernières nouvelles, il y a encoe un embargo des USA sur Cuba et les Cubains nous étonnent encore par leur capacité au bonheur dans un contexte politique et civique douteux.  Ça doit être le soleil, la mer, les mangues...

Et un exemple pour les petites nation: le Kosovo déclare son indépendance.  Appuyé immédiatement par les États-Unis (bizarre, il soit s'être tramé quelque chose...), le nouveau pays semble être accueilli chaleureusement, sauf par la Serbie et la Russie, qui en déchirent leur chemise en sollicitant d'urgence le conseil de sécurité de l'ONU...  Mais ce qui est vraiment comique dans cet événement, c'est le ballet diplomatique de l'Espagne et du Canada entre autres.  Tous les deux concernés par une région ou une province où le mouvement d'affirmation nationale est fort, ils patinent allègrement pour nous spinner une position acceptable sur la scène mondiale et qui n'aurait pas l'air de sanctionner les mouvements indépendantistes catalans ou québécois.

Comme quoi l'histoire n'a pas terminé sa course. Tant qu'il y aura des hommes sur sa route, elle continuera d'avancer. 

18 février 2008

Débat de langues

Sergio Kokis et Pauline Marois (à tout le monde en parle) s'obstinent et discutent de la qualité du français au Québec. 

Kokis: Si la qualité de la langue baisse, c'est de la faute des Québécois!  Les immigrants apprennent le français rapidement et le parlent mieux!  Je crois que la qualité de la langue au Québec est bien inférieure à celle qui est parlée en France.  C'est une question de respect. Si vous ne vous respectez pas vous-même, personne ne le fera!

Marois: Laissez-moi vous expliquer.  C'est une langue différente!

Kokis:  Madame, écoutez-vous TVA??

Marois: hahaha, oui. Mais il faut bien savoir que les Québécois n'ont pas toujours été chanceux.  Ils n'allaient pas à l'école avant les années soixante!  Ils n'étaient pas scolarisés.  Nous arrivons de bien loin!

Kokis: Et moi, je n'arrive pas de loin??  (Kokis est Brésilien)  Et est-ce que ça signifie qu'il faut continuer à être médiocre? 

Kokis a un bon point...  Le débat sur la nature du Français d'ici est peut-être un peu vieux, mais les efforts faits par les immigrants pour s'intégrer et apprendre une langue dont nous nous disons fiers valent bien que nous soyions aussi soucieux de la qualité de notre expression. Les excuses imbéciles de Marois mettent en lumière non seulement sa condescendance envers les Canadiens-Français d'antan, mais la nécessité viscérale que nous éprouvons -puisqu'une de nos dirigeants le fait- de devoir nous excuser, nous cacher derrière de "bonnes" raisons, de nous traiter au fond, encore une fois, comme des victimes.  Est-ce un réflexe de boomer?  Madame Marois met peut-être inconsciemment dans ses paroles son propre vécu.  Mais elle évacue surtout toute l'élite canadienne-française qui a contribué à développer la société qu'elle aspire à diriger.  Et dans ce contexte, sa position actuelle sur l'enseignement de l'anglais langue seconde (nonobstant les enjeux réels de cette question) relève du déni.  Rien de ce que dit cette femme n'est conséquent, et chacun de ses arguments pour justifier ses positions est du plus élémentaire sophisme...

Rien d'étonnant à ce que notre débat schyzophrène sur la langue, l'identité et l'immigration tourne en rond.

12 février 2008

Comment devrais-je titrer cette chronique?

Le New York Times est habituellement reconnu pour son chic journalistique, ses bonnes manières à l'écrit et sa retenue dans ses propos.  Je suis donc un peu bouchée ce matin de lire cet éditorial, intitulé Death is too good.  Dans lequel l'équipe éditoriale du quotidien se positionne clairement en faveur de la peine de mort pour six détenus de la prison de Guantanamo.  L'un d'entre eux aurait affirmé/admis/avoué (mais au fond, qu'est-ce qu'on en sait vraiment...) qu'il était au coeur de la planification des attentats du 11 septembre 2001. 

À en croire les éditorialistes new yorkais, la mort de ces détenus serait quasi garantie et serait surtout amplement souhaitée par une majorité de gens... 

Death so ordered by law.

Burn in hell!

The evidence of 2,974 families grieving, a city that was left in turmoil, a world changed forever. And, when guilt is documented, justice is limited to only one punishment for the barbaric murderers who deserve far worse:

Die, you bastards! 

Presque 3000 personnes, c'et beaucoup. Oui, le monde a changé depuis, mais surtout parce qu'on a accepté de suivre ce que nos dirigeants nous ont imposé: la peur.  Combien d'Américains ont participé à la mort de combien de gens dans combien de pays marqués par des guerres civiles souvent financées par les grandes puissances de la Guerre Froide?  Quoi, eux c'est pas pareil?  C'était pas une guerre idéologique?  Et puis les six détenus en question, en tant que martyrs d'Allah, ne sont-ils pas en train de se contruire la porte de sortie dont ils ont toujours rêvé?  Qui joue le jeu de qui, ici??

Mon argument est surtout que la barbarie de la peine de mort n'est plus un argument.  Ni en général, ni en particulier pour le cas qui m'occupe. Les humains ont-ils autant besoin d'un défouloir??  

Pourquoi ne pas déménager La prison de Guantanamo dans Ground Zero?